Ils se font appeler «les Millénaires» et risquent de jeter un nouveau trouble sur l'Eglise catholique qui s'apprête à célébrer son jubilé de l'an 2000. Publié cet hiver, le livre de ces prélats anonymes intitulé Autant en emporte le vent au Vatican continue de soulever de violentes polémiques à Rome au point que le Saint-Siège vient d'engager un procès à l'encontre de Mgr Marinelli, seul auteur clairement identifié.

Concrètement, le tribunal de la Sacra Rota reproche à ce prélat aujourd'hui à la retraite (et dont l'anagramme du nom est étrangement «Millenari», les Millénaires) d'avoir diffamé certains de ses coreligionnaires. Il est vrai que les auteurs du brûlot n'ont pas fait dans la demi-mesure, dénonçant le carriérisme et le clientélisme qui sévissent selon eux au Vatican ou encore certains scandales étouffés par le Saint-

Siège ces dernières années. A commencer par l'éloignement d'un responsable de l'Eglise américaine connu pour ses aventures homosexuelles ou l'arrestation à Chiasso d'un candidat à la dignité cardinalice qui aurait été surpris avec une valise remplie de billets. Le secrétaire du cardinal Pio Laghi aurait, lui, été transféré en vingt-quatre heures de Tel-Aviv à Buenos Aires après avoir été surpris en charmante compagnie avec une nonne.

Tout au long du livre, ce type de scènes abonde. Avec un constat, selon les Millénaires: les personnes ainsi impliquées dans des affaires qu'ils jugent hautement dommageables pour la réputation de l'Institution ne sont pas sanctionnées. Pire, la plupart se verraient promues dans le but d'étouffer les éventuels scandales. Un monseigneur collectionneur de sœurs au Vatican aurait ainsi été éloigné de la capitale en héritant d'un doux diocèse de Campanie.

Les Millénaires se gardent bien de citer nommément les protagonistes du livre. Mais à la Curie, les divers éléments ont permis d'identifier les suspects. «30% du livre est véridique», s'amuse-t-on à commenter à l'ombre de la Coupole de Saint-Pierre, «mais les autres 70% sont totalement véridiques». Convoqué vendredi par la Sacra Rota, Mgr Marinelli a refusé de se présenter devant ses juges et s'est contenté d'ajouter: «Satan est entré dans l'Eglise de Dieu.» La polémique révèle que le Vatican est devenu un lieu d'affrontements et que la lutte pour la succession a bien débuté. Affaibli, Jean Paul II n'a plus les moyens d'imposer le silence. A la différence du passé, les divergences s'étalent publiquement. En février dernier, Autant en emporte le vent au Vatican était passé relativement inaperçu. Mais l'un des parents d'un monseigneur (décédé) pris à partie dans l'ouvrage a porté plainte, obligeant la Sacra Rota à intervenir et à en demander la saisie. Avec comme résultat de relancer l'intérêt pour le livre qui pourrait être réimprimé à 100 000 exemplaires. Quant au cardinal Joseph Ratzinger, préfet pour la Congrégation de la Doctrine de la foi, il a précisé qu'il ne s'occupait pas des ragots, tout en reconnaissant que le «carriérisme» des évêques se développe d'une manière préoccupante.