Je n’ai pas de voiture, ni de permis de conduire. Les belles carrosseries m’ennuient, je ne me déplace qu’en transports publics, et je trouve le traffic bruyant, polluant et puant. Pour ces raisons très exactement, j’ai cette année la ferme intention de me rendre au Tokyo Motor Show, qui a ouvert ses portes aujourd’hui. Il y est beaucoup question, dit-on, de voitures autonomes. Une nouvelle frontière technologique qui pourrait bien me réconcilier avec cette industrie.

Conduire ou être conduit: j’ai depuis longtemps choisi mon camp. Nissan, Honda, Toyota et Subaru ont confirmé cette semaine vouloir lancer des modèles à conduite automatisée aux horizons de 2020, alors que Google et Tesla, plus téméraires que les constructeurs nippons, brandissent 2018 comme possible lancement des opérations.

Ce qui me parle? La perspective du confort et de la sécurité, bien sûr. Mais ce n’est pas tout. Dernièrement, deux entreprises japonaises (DeNA, spécialisée dans le web mobile, et ZMP, un hub de robotique) ont annoncé pour début 2016 le test grandeur nature d’un service baptisé Robot Taxi, à Kanagawa, au sud de Tokyo. Il s’agit d’offrir à des personnes âgées, vivant dans des zones peu desservies, davantage de mobilité, et ce à moindre prix. Un technicien sera à bord pour parer aux urgences, néanmoins les véhicules «driverless» de Robot Taxi devraient être capables de parcourir sans intervention humaine un trajet de trois kilomètres, y compris dans le traffic dense. Les responsables espèrent pouvoir implémenter Robot Taxi d’ici aux JO de Tokyo 2020.

Ce qui se dessine là n’est pas seulement fascinant en termes d’ingénierie et de design. C’est aussi, potentiellement, une modification profonde de la signification sociale et culturelle de la voiture. D’un objet essentiellement individuel, reflet du je, de l’ego, du statut et de la propriété, le véhicule, une fois automatisé, pourrait devenir un élément parmi d’autres au sein d’une infrastructure de mobilité commune. J’imagine: autonomes et connectées, les voitures seraient appelées et amenées à la minute devant chez nous, réservées à l’avance ou hélées depuis le trottoir, et laissées où bon nous semble puisqu’elles reviendraient en ville toutes seules. Dans l’habitacle, téléphone, sieste ou travail. De «tous conducteurs», nous deviendrions «tous autostoppeurs»…

Douce utopie? Sans doute. Mais j’irai quand même au Tokyo Motor Show, contempler mes rêves dans le lustre des portières. Du haut de mes 33 ans, ce sera une première.