Rosemarie n'avait rien vu. Rien entendu. Toutes ces années, elle avait observé son mari vaquer à ses occupations au fond du jardin, dans son atelier, souvent hors de vue, parfois pendant des heures. Interdiction formelle de rentrer, avait averti Josef. Il disait travailler sur des machines-outils dans le cadre de son métier d'électrotechnicien pour une firme locale.

Mais Josef ne «vaquait» pas. Il séquestrait. Sa propre fille Elisabeth, depuis un quart de siècle. Et, avec elle, trois des sept enfants qu'il lui avait faits dans ce cachot souterrain. Puisqu'il faut continuer à l'appeler ainsi pour préserver un semblant de morale, de civilisation, dans cet enfer domestique où se confondaient les rôles, où la fille faisait office de mère et les enfants appelaient «père» celui qui était en fait déjà leur grand-père.

Rosemarie ne savait rien de tout cela. Et, lorsque les policiers ont frappé à la porte du 40 Ybbsstrasse, le samedi 26 avril en fin de journée, son petit monde de femme soumise et effacée, élevée pendant la guerre, s'est effondré. Les enquêteurs ont rapidement disculpé la sexagénaire. «Il n'y a eu aucune indication ou confirmation» de complicité de la part de Rosemarie, a déclaré dès le 29 avril Franz Polzer, chef de la police criminelle de Basse-Autriche. «Elle n'avait rien à voir avec cela», a renchéri Elisabeth dans le procès-verbal établi par la police.

Doute

Le doute, bien sûr, demeure. Impossible d'imaginer que les allées et venues nocturnes de son mari n'aient pas enflammé l'imagination de celle qu'un époux despotique «dominait et rabaissait constamment en public», et qui «n'avait même pas le droit de lui apporter un café» dans la remise.

Racontée par sa sœur cadette Christine, la douce «Rosi» devient soudain plus lisible: jeune fille de 17 ans mariée à Josef Fritzl, de 4 ans son aîné, qui lui fera sept enfants, sans qu'elle ait jamais besoin de travailler. Les premiers doutes sur son époux surgissent probablement, forcément, en 1967, lorsque celui-ci est emprisonné dix-huit mois pour le viol d'une jeune femme. Mais elle tiendra, grâce aux trois nouveau-nés trouvés sur le perron et abandonnés par Elisabeth, dont une lettre annonçait chaque fois l'intention de les confier aux grands-parents. Brisée par la disparition de sa fille en 1984, tombée sous l'emprise d'une secte disait-on, Rosemarie s'était réjouie que les demandes d'adoption aient toutes été acceptées. Une manière comme une autre de se sentir proche d'Elisabeth. Si loin, et si proche à la fois.