Renommer des livres, déboulonner des statues, dénoncer en masse des comportements individuels sur les réseaux… La «cancel culture» est pour certains le moyen de reprendre une parole bafouée, et pour d’autres, une manière de museler ceux qui expriment des opinions contraires. Dans une série d'articles, Le Temps explore plusieurs facettes de ce «phénomène».

«La «cancel culture» ou «comment lyncher sans réfléchir», «Au secours, les maccarthystes reviennent», «Trouvaille absurde de la gauche américaine»… Depuis la rentrée, le concept de «cancel culture» fait la une des médias francophones, pour relayer ce qui serait devenu une nouvelle «culture de l’annulation» régnant désormais aux Etats-Unis et orchestrée par le camp des progressistes pour faire taire ceux qui ne partagent pas les mêmes idées.

Une affaire suffisamment sérieuse pour que, début juillet, 150 intellectuels anglo-saxons – parmi lesquels J. K. Rowling, Salman Rushdie, Noam Chomsky, Gloria Steinem ou encore Margaret Atwood – signent une tribune dans le magazine américain Harper’s pour dénoncer un climat de menace se diffusant jusque dans les facs, les journaux et les entreprises… Quelques jours plus tard pourtant, 160 intellectuels et journalistes répliquaient par une contre-tribune affirmant que la «cancel culture» serait en réalité une manière de «traiter les problèmes du pouvoir: qui l’a et qui ne l’a pas»… Si ce concept de «culture de l’effacement» attise autant les passions, c’est bien parce qu’il masque la violence du vieux jeu de la politique.