«C'est vrai que l'offre actuelle est magnifique. Et que cette offre créée une demande, inimaginable il y a encore quelques années», constate Jean-Marc Boerlin, responsable de la Librairie Payot Chantepoulet à Genève. S'inscrivant dans la prolifération du livre photographique, l'ouvrage de proximité ne s'est jamais aussi bien porté.

Ouvrage de proximité? Le livre qui détaille la campagne genevoise, une rivière au pied du Jura, la paysanne-qui-a-fait-ses-humanités (Lausanne), les paysages valaisans ou les montagnes vaudoises, pour ne prendre que quelques titres publiés cet hiver en Suisse romande. Entendons-nous: à l'exception des tableaux végétaux d'Alan Humerose, il ne s'agit pas ici de grande photographie. Mais de bonnes illustrations, prises par des professionnels comme par des amateurs.

Pour le journaliste-naturaliste lausannois Guido Olivieri, qui signe les textes d'un ouvrage dédié aux Alpes vaudoises, cette multiplication de titres régionaux tient en partie à l'amélioration du matériel photo, qui a tiré vers le haut la qualité de la photographie de paysage: «La frontière entre amateurs et professionnels se brouille de plus en plus. Et peu importe que les photos ne soient pas toutes techniquement parfaites, que les animaux ne soient pas tous cadrés avec science. Les lecteurs de ces livres ne s'intéressent pas trop à cette perfection, souvent synonyme de stéréotypes et d'ennui. Ils sont en revanche plus demandeurs de naturel, de découvertes de lieux proches qu'ils iront ensuite voir de leurs propres yeux.»

A Territet, le photographe Robert Barradi, qui signe un volumineux livre sur le Valais, compare cette envie de découvertes locales, qui se substituent aux découvertes globales, «aux entomologistes qui ne cessent de mettre la main sur des espèces inconnues dans nos régions. De même, un bon observateur ne cessera de débusquer par ici de nouveaux paysages. On les croit familiers, mais ils ne le sont pas si l'on se donne le temps de les regarder.»

Ces livres tirés à 2000 ou 3000 exemplaires trouvent leur public, parfois presque à l'étonnement de leurs auteurs: «Nous sommes déçus en bien par les ventes!» se réjouit Catherine Aeschbacher, qui avec un autre photographe amateur signe un livre sur la rivière vaudoise le Veyron. Edité par leurs soins dans le but d'attirer l'attention sur le fragile cours d'eau, un temps menacé par un projet industriel, cet ouvrage de 200 images en couleurs a coûté 60000 francs.

Dans un tout autre registre, celui de la création contemporaine, ce désir de proximité a été radicalisé par Alan Humerose, qui se décrit en «Nicolas Hulot du surplace». Couché au sol, le photographe genevois a saisi en contre-plongée des fleurs et plantes de son environnement immédiat. Autant de stupéfiantes découvertes végétales qui suggèrent que l'exotisme est indépendant des distances parcourues.

Magie du Veyron, Catherine Aeschbacher et Jean Suter, textes de Karin Kotsoglou, Ed. APV.

Lausanne, la ville aux trois collines,Jacques Straesslé, textes de Pierre Corajoud, Ed. La Bibliothèque des Arts.

Genève, une si belle campagne, Marcel Malherbe, texte de Christian Vellas, Ed. Slatkine.

L'Envol, nature secrète des Alpes vaudoises,Eugène Hüttenmoser, textes de Guido Olivieri, Ed. Slatkine.

L'herbier Humerose,Alan Humerose, Ed. Glénat. Exposition au Muséum d'histoire naturelle de Genève jusqu'au 24 septembre 2006.