Ambiance polaire… Sujets de conversation numéro un, la bise et le froid repoussent l’arrivée du printemps. Escapade médiatique dans la «fricasse» de ce début de mars 2010.

C’est quand le printemps? Dans une décade, vraiment? On peine à y croire… Car avant même les play-off de hockey, la Ligue des champions ou les files d’attente persistantes aux caisses pour aller voir Avatar en 3D, le sujet de conversation numéro un, ces jours-ci, c’est devenu: le froid, la bise, la glacière, cet hiver qui n’en finit pas et l’envie d’en découdre avec les caprices du ciel.

«Avant de déménager en Suisse, j’avais une vague idée de ce qu’était la bise. Je savais qu’il s’agissait d’un vent du Nord, mais sans plus, peut-on ainsi lire dans Le Blog à Max. Peut-être parce que j’associais le mot à un baiser ou encore à cause de sa ressemblance avec le mot brise, j’ai toujours pensé qu’il s’agissait d’un petit vent léger, agréable, soufflant doucement sur les terres suisses, avant de poursuivre tranquillement sa route vers la paisible vallée du Rhône, comme une tendre caresse venue du ciel. Ben non ciboire! C’t’un osti de gros vent frette», conclut-il au cœur de cette Toile blogueuse où le vent suscite toutes sortes de vocations poétiques.

D’abord, il y a l’influence du «psy»: «Les gens sont fatigués du froid car cet hiver a été particulièrement long, rappelle Frédéric Glassey» dans Le Matin, qui poste également une vidéo de quidams interrogés sur ce thème dans la rue. «C’était un hiver hivernal, rigoureux, qui a marqué les esprits à cause de la polémique planétaire sur le réchauffement climatique, poursuit Glassey. Les jours enneigés qui se sont succédé depuis décembre ont été plus nombreux que lors des dix hivers précédents», souligne-t-il.

«Hauteur: 14 mètres. Diamètre: 1 mètre, mesure la Tribune de Genève. Avec de pareilles mensurations, on se dit que l’arbre ne risque rien face aux intempéries. C’est compter sans la prise au vent de sa cime et le peu de profondeur de ses racines. Couché, le séquoia du parc des Cropettes, première victime naturelle de la bise, tombé dans la nuit de lundi à mardi.» Comme un brave, dramatiquement, au cœur de cette ville dont le quotidien propose aussi à ses lecteurs une quarantaine de photographies du gel: spectaculaire! «Drague échouée à cause de la bise.» Au cours de cette maudite nuit, relèvent encore L’Express et L’Impartial, l’ancrage d’une l’installation flottante, à Marin (NE), a lâché: «La drague s’est mise à dériver et s’est finalement échouée sur l’un des deux îlots artificiels situés non loin du bord.»

Et «il faudra patienter jusqu’à la fin de la semaine pour ranger doudounes, gants en laine et écharpes, prédit le site de la TSR. La bise qui sévit depuis samedi sur la Suisse romande provoque des températures exceptionnellement froides pour un mois de mars. […] «On n’avait pas vu ça depuis 1981», explique Daniel Cattani de MétéoSuisse. […] Ce vent venu du Nord provoque une distorsion entre températures réelles et températures ressenties qui peuvent aller jusqu’à 10 degrés de différence. […] L’explication est mécanique: le «frottement» entre une dépression au large de la Méditerranée et de très hautes pressions atmosphériques au nord de l’Angleterre provoque un fort couloir de vent entre les deux. […] «Cette configuration explosive est renforcée par un taux d’humidité très faible qui donne un air très sec», ajoute Daniel Cattini.

«La bise va continuer à glacer les Vaudois», confirme pour sa part 24 Heures, qui y consacre deux pages ce mercredi matin et annonce «que la Suisse romande a pris des airs de Grand Nord». Quels sont les ingrédients d’une telle situation? Ils sont complexes et il y a cumul de facteurs. Philippe Jeanneret, le Monsieur Météo de la TSR, fournit ses explications, passionnantes, dans sa «Chronique d’une bise d’anthologie», où l’on apprend tout sur le Jet-stream polaire, les isobares, l’échelle de Beaufort et autres joyeusetés du lexique météorologique. Et comme si cela ne suffisait pas, «janvier et février vont peser lourd sur la facture d’électricité», rapporte le site d’Europe 1, qui a aussi interrogé, en vidéo, le chercheur et historien du climat Pascal Acot, lequel dit qu’«on ne sait plus avoir froid».

A Glattalp (SZ), une température de – 41°C au sol a été enregistrée… Les Alémaniques ne sont pas mieux lotis. Mais la Basler Zeitung positive en admirant elle aussi une série de photographies intitulée «Die Kunst der Kälte», soit l’art du froid et ses sculptures de glace. Alors qu’en Italie, la province de Ligurie ressemble également au pôle, écrit Il Giornale. Et que la Catalogne est sous la neige, décrivent Les Echos: «A Port-Vendres, dans les Pyrénées-Orientales, sous le soleil, les employés de mairie s’affairaient [mardi] à déneiger les quais où sont amarrés des bateaux de plaisance et de pêche. Le Roussillon était encore paralysé dans la journée sous une couche de 30 à 60 centimètres de neige. Les communes de Cerbère et Banyuls-sur-mer, proches de l’Espagne, étaient toujours inaccessibles par la route.»

Le plan «Grand froid» a aussi été activé en Gironde, selon le site de France 3. Et même sur l’Ile de Beauté! L’Express dit que «la neige se concentre sur le département de la Haute-Corse. La circulation routière est fortement perturbée. […] Sur l’axe Ajaccio-Bastia, les chasse-neige ont balayé une couche de 50 cm.» Et «un homme de 74 ans a été retrouvé mort mardi dans le jardin enneigé de sa maison de Port-Vendres, dans les Pyrénées-Orientales», relaie Le Parisien. Tandis que La Vanguardia de Barcelone décrit enfin par le menu l’exceptionnel «coup de blanc» qui a arrosé le nord de la péninsule Ibérique.