«Vous avez un pouvoir? Prouvez-le!» Un physicien a testé des médiums pendant quinze ans

Le Salon de la voyance vient de s'ouvrir à Genève. Miracles ou supercheries? Des centaines de sorciers prétendants ont défilé devant Henri Broch. Aucune démonstration n'a résisté à l'examen scientifique.

Le Salon de la voyance qui a ouvert ses portes jeudi pour dix jours à Palexpo-Genève suscite des réactions diverses. Entre ceux qui ricanent et ceux qui s'y précipitent, la plupart des Romands tergiversent: miracle ou supercherie? Y a-t-il seulement un moyen de le savoir?

Le spécialiste reconnu de l'étude des phénomènes paranormaux existe et parle français avec l'accent du midi. Physicien, professeur de sciences à l'Université de Nice et directeur du Laboratoire de zététique* (du grec zetein, «chercher») – une approche scientifique des phénomènes «paranormaux» et de l'histoire dite «mystérieuse», le seul du genre en Europe – Henri Broch traque le paranormal depuis plus de vingt ans.

A la question «Miracles ou supercherie?», le physicien, passionné par les mystères de ce monde et la magie depuis l'âge de 8 ans, a choisi de répondre en lançant il y a quinze ans un défi aux sorciers de tout genre: «Vous prétendez avoir des pouvoirs:… prouvez-le!» A la clé, 500 000 francs français (passés à 1 million en 1992 et à 200 000 euros en 1999!) à qui pourra prouver devant un trio composé du scientifique belge Jacques Theodor, de l'illusionniste français Majax et d'Henri Broch qu'il possède un pouvoir paranormal.

Une chasse aux sorcières? «Loin de nous l'idée de mépriser les sorciers», affirme Henri Broch dans un ouvrage qui vient de paraître et qu'il cosigne avec Georges Charpak, Prix Nobel de physique 1992 et physicien au CERN.** «Nous ne voulons en aucun cas imposer une pensée unique. Nous militons au contraire pour le doute, le scepticisme, la curiosité et la science» (lire ci-dessous).

Ainsi, depuis 1987, des centaines de «sorciers», bien décidés à rafler la mise, ont défilé dans le bureau niçois d'Henri Broch. Un bureau? Plutôt l'antre d'un magicien: partout, des statues de l'île de Pâques format réduit, des piles de jeux de cartes truqués, des crucifix qui se déplacent tout seul – des travaux d'étudiants pour la plupart. Et même une baguette de sourcier, abandonnée par un vieux monsieur qui croyait posséder un don pour repérer les sources et qui espérait relever le défi: dans ce cas, une alimentation en eau se divisant en 10 tuyaux actionnés par des robinets et enfouie sous le sol. A l'aide de sa baguette, le sourcier devait déterminer dans quel tuyau s'écoulait le fluide. Résultat: trois tentatives réussies sur vingt! «Il avait l'air tellement abattu, que nous étions aussi déçus que lui», confie Henri Broch. «Car contrairement à ce que nous imaginions, la plupart des gens qui viennent nous voir ne sont pas des charlatans, mais des personnes sincères. Devant le nombre de demandes, nous avons d'ailleurs dû prodiguer des conseils pour encourager les gens à se tester tout seuls. Tous ceux qui ont joué le jeu ont retiré leur candidature. Quant aux tests, ils ont lieu dans un esprit cordial et se terminent toujours autour d'un verre.»

En quinze ans, Henri Broch a vu de tout: des illusionnistes, vite repérés par le maître incontesté de cet art, Majax. Mais surtout des voyants, des adeptes du pendule, des personnes capables de correspondre par télépathie, de déceler la maladie d'un inconnu à distance. Tous ont échoué, sauf le dernier, qui prétendait savoir faire claquer une porte sans la toucher. Pas de chance pour lui, Henri Broch connaît l'explication du phénomène et est capable de le reproduire. «L'effet existe mais n'a rien de psychokinétique. Il est dû à la compression-décompression du thorax produisant une onde acoustique infrasonore provoquée par des mouvements musculaires. Une variation de pression qui, dans une pièce de faible volume, est suffisante pour exercer une force conséquente sur une grande surface.»

Des explications, Henri Broch en a pour tout. Au fil du temps, la recherche méthodique remise à l'honneur par son laboratoire a percé le secret des plus grands mystères de la planète, sans parler des médecines parallèles, de l'astrologie et autres sciences paranormales. Il sait aussi faire pleurer les statues, conduire une moto les yeux bandés et marcher sur les braises. Un exercice que n'apprécie guère son épouse. Mais les cours du physicien – obligatoires en première année de la Faculté des sciences de Nice et en option par la suite – ne se contentent pas de théorie, encore faut-il que celle-ci soit vérifiable sur le terrain. «Tous mes étudiants ont déjà traversé une fois au moins un tapis de charbons ardents.»

Après quinze ans de tests, le physicien vient de mettre un terme au «Défi Broch-Majax-Theodor», sans avoir trouvé le moindre «frémissement du commencement d'un soupçon de petite preuve en faveur du paranormal», constate-t-il, déçu. «Au fond, j'espérais que quelqu'un relèverait le défi. Je ne me bats pas contre les voyants et des sorciers auxquels je reconnais un rôle social, mais contre les marchands d'illusion». L'histoire, hélas, en est pleine. Bien plus que de miracles.

* http://www.zetetique.org

** Devenez sorciers, Devenez savants, par Georges Charpak et Henri Broch, Odile Jacob, 2002.

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