C'est fait. Des avions plumes, très légers et peu polluants, pourront zébrer le ciel suisse l'année prochaine. Le Département de Moritz Leuenberger a donné mardi son feu vert à l'utilisation de ces petits appareils baptisés «écolight». Les ultra-légers motorisés (ULM), en revanche, restent toujours bannis sur le sol helvétique. «Je n'y croyais même plus, s'étonne l'aérostier Bertrand Piccard. Maintenant, il sera possible de voler en tenant compte de l'environnement. Cela me donne envie de passer ma licence de pilote d'avion…»

En 1993, Jean-Michel Gros, conseiller national libéral, avait déjà déposé un postulat visant à la levée de cette interdiction. Il a été classé deux années plus tard. Pour le Conseil fédéral, les émissions polluantes, le bruit et la consommation d'énergie n'étaient pas sensiblement inférieurs à ceux des avions légers actuels. Mais le vent a tourné. Aujourd'hui, les performances écologiques et les rendements énergétiques des «écolight» se sont encore améliorés par rapport aux ULM de l'époque. «C'est comme si on remplaçait un parc automobile de vieilles Chevrolet par des petites VW Lupo qui consomment 3 litres d'essence aux 100 kilomètres», sourit Pierre Moreillon, président d'Aérosuisse.

Eviter l'explosion des vols

Bien. Mais pour que les avantages écologiques et économiques soient réellement perçus, l'autorisation accordée par le Département fédéral de l'environnement des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC) ne doit pas provoquer une expansion incontrôlée des «écolight». Pour contenir cet élan, l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) a prévu des mesures d'accompagnement afin d'éviter toute explosion du trafic.

Selon l'OFAC, ces mini- avions d'une nouvelle génération pourraient remplacer près de 10% des 1700 aéronefs privés dans les cinq prochaines années. Mieux. D'après une étude indépendante mandatée par ce même office, 40% des 750 000 vols privés annuels dans le ciel suisse pourraient être effectués avec des «écolight» en 2010.

Dix-huit ans d'attente

L'impact sur l'environnement n'est pas le seul atout

de ce type d'appareil. Le prix en est un autre. «Un avion «écolight» équipé de tous les instruments et prêt à voler coûte entre 50 000 et 120 000 francs», précise un responsable de l'Aéro-Club de Suisse à Lucerne. Son entretien est bien moins onéreux que pour le plus petit des Piper et la rigidité de son habitacle protège le pilote. «Cela n'a rien à voir avec les parachutes à moteur ou les ailes delta sur un tricycle que sont les ULM et qui peuvent se poser dans le jardin du voisin», explique Pierre Moreillon. De leur côté, les écologistes sont satisfaits car ces engins ne pourront atterrir et décoller que dans des aérodromes. De plus, une licence de pilote privé pour les conduire sera exigée. La Suisse aura ainsi attendu exactement 18 ans pour autoriser des avions de type extraléger alors que leurs vols ont toujours été permis en France et en Allemagne, qui est pourtant sensible aux problèmes écologiques.