Adroite, des citronniers qui font la sieste dans leurs lourds pots de terre rouge, d'imposants Ficus elastica decora qui s'élèvent de larges vasques de métal brut… A gauche, des plate-bandes lilliputiennes, mêlant violettes, carottes, orties prolétaires, lavandes ascétiques… A droite, la tendance au végétal lourd, zen et aussi brut qu'un ciel méditerranéen. Et à gauche, le retour aux jardins de monastères, le culte des parfums pudiques, des fleurs anciennes, des mariages érudits. Ces deux univers végétaux, ces deux façons de voir et de vivre le jardinage se côtoient à Bâle où se tient, jusqu'à lundi, le salon Giardina 2001.

Bien avant l'ouverture des portes, ils sont déjà une bonne centaine à battre la semelle devant les guichets en attendant de déambuler sur les trois niveaux où s'alignent les exposants, suisses pour la plupart. Giardina a déjà connu trois éditions, mais c'est la première fois que la manifestation sort des jupes et des annexes de la Muba bâloise. Les organisateurs, prévoyaient, au mieux, d'accueillir 30 000 personnes. Au vu de l'affluence du premier matin, les espoirs les plus optimistes seront largement dépassés.

Il faut dire que ce rendez-vous s'impose d'emblée comme le plus important du genre en Suisse. Que le jardinage et les loisirs liés aux fleurs, plantes, potagers et autres arbres, connaissent un boom – les Suisses auraient ainsi dépensé, l'an dernier, 1,7 milliard de francs pour leur jardin ou leur balcon. Il faut dire aussi que la campagne de pub, pourtant modeste, de Giardina 2001 est splendide. Ses fleurs photographiées en gros plan, avec poils, chiffonnades de pétales et feuilles craquantes, sur fond blanc, évoquent des objets de design, des bijoux ou des œuvres d'art. Voilà qui colle parfaitement à ce qu'est devenu le jardin: une manière, comme on le dit ici à Bâle, «de signer un style de vie». Plus besoin, pour s'y intéresser, d'avoir les pouces verts. On est d'ailleurs venu à Giardina comme on se rend, le dimanche, dans les Garden Center romands ou comme on ferait du lèche-vitrines: pour voir autant que pour acheter, pour rêver autant que pour s'informer.

Si l'essentiel des exposants propose des stands agréables sans être décoiffant (mobilier, piscines, outils, semences, jacuzzis, presse, bouquets), Giardina s'est arrangé pour mettre sur pied plusieurs attractions qui permettent de se faire une idée des principales tendances du marché. Ainsi, Enzo Enea et Jacques Richard (Enea GmbH, à Schemerikon) ont aménagé un espace qui gomme subtilement la différence entre l'intérieur de la maison et ses alentours, entre les zones réservées au loisir et au travail. Les végétaux sont ici rares mais imposants, les bouquets ont des courbes concaves, on respire.

A l'inverse de ce travail, Patrik Brunner (Kameleon à Rüti, et Arabesco à Jona), avec ses espaces à la marocaine, illustre le courant «worldculture» du jardin nouveau millénaire. L'ancien décorateur de théâtre conçoit, construit et entretient des univers livrés quasi en kit, petits paradis clos, comme ce jardin thaïlandais qu'il vient de terminer pour un médecin zurichois qui n'avait plus le temps de partir en vacances.

Enfin, John Scarman (de Landhaus Ettenbühl, à Bad Bellingen, en Allemagne voisine) illustre, lui, une autre voie à la mode. Cet Anglais d'origine s'est installé à Bâle avec deux jardins: l'un à l'ancienne, façon jardin de cloître, avec ses végétaux modestes, charmants et utiles (légumes, plantes médicinales, etc.); l'autre, revisitant le premier, avec sa mezzanine, ses treilles ainsi que ses roses anciennes. Le tout dans un esprit de nostalgie discrète mais terriblement parfumée.

Giardina 2001, Bâle, Messe Basel, Halle 3. Jusqu'au 26 fév. Tlj 10-19h. Ven. jusqu'à 21 h. Arrangements billets CFF. www.giardina.ch.