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Et si la banane disparaissait?

Le fruit le plus consommé du monde est menacé par différentes maladies. Les scientifiques lancent un appel pour augmenter la recherche sur cette plante qui pourrait disparaître si rien n'est fait pour la sauver.

C'est le fruit le plus sexy de nos étals. Mais sa dernière expérience sexuelle remonte à des milliers d'années. La banane est un mutant stérile, découvert dans une forêt tropicale il y a très longtemps, qui s'est propagé de manière végétative (on replante les rejets qui émergent de la base de la tige) jusqu'à aujourd'hui. Presque chaque variété de cette plante n'a qu'un seul ancêtre commun déniché un peu par hasard avant d'être exploité par les premiers cultivateurs du Sud-Est asiatique. Cette particularité est un bienfait pour les amateurs de bananes: seuls ces mutants sont comestibles. Les espèces sauvages contiennent des amas de graines qui les rendent immangeables. Mais c'est aussi un point faible qui pourrait être fatal: sans reproduction sexuée, il n'y a pas de biodiversité. Et, sans biodiversité, les maladies qui, elles, évoluent sans cesse, finiront par trouver la faille dans leurs systèmes de défenses. Et, justement, comme le rappelle un article paru dans la revue New Scientist du 18 janvier, une maladie capable d'infliger des dégâts définitifs aux plantations est apparue ces dernières années. Les plus alarmistes évoquent même la disparition de la banane d'ici à vingt ans.

La race 4 – c'est le nom du champignon pathogène – a déjà infecté les plantations d'Australie, d'Afrique du Sud et de l'Asie. L'agent vit dans le sol et attaque les plantes par les racines, ce qui le protège contre les fongicides. La race 4 fait d'autant plus peur qu'elle est une nouvelle forme de la maladie de Panama qui s'est rendue tristement célèbre dans les années 1960. A cette époque, le marché de l'exportation était dominé par la Gros Michel, une variété découverte en Asie dans les années 1820 par des botanistes français. Contre la maladie de Panama, elle n'a rien pu faire et a succombé. Il existait heureusement une autre variété, la Cavendish, découverte au XIXe siècle en Chine par des Britanniques, résistante au champignon ravageur.

Toutes les bananes que l'on trouve aujourd'hui dans les supermarchés sont des Cavendish. Etant la seule à résister à la maladie de Panama, cette variété monopolise le marché mondial. Mais, aujourd'hui, sa place d'honneur est remise en question. La raison est qu'elle n'est pas à même de se défendre contre la race 4. Les plantations des Caraïbes et d'Amérique latine, les principaux centres d'exportation, sont encore épargnées. Mais ce n'est qu'une question de temps avant que le champignon ne les attaque.

En plus de cette nouvelle menace, les bananes du monde entier sont harcelées depuis des décennies par une autre maladie dite des raies noires. Ce champignon-là, qui peut réduire jusqu'à 50% le rendement d'une plantation, attaque les feuilles du bananier. Il peut donc être traité par des produits chimiques. Mais une quarantaine de traitements par an sont nécessaires. L'usage de fongicides, outre le fait qu'il participe jusqu'à un quart des coûts de production, entraîne des conséquences pour le moins néfastes sur la santé des cultivateurs et l'environnement.

Que faire pour trouver de nouvelles variétés? On peut s'enfoncer dans la forêt – ou ce qu'il en reste – à la recherche d'un hypothétique mutant résistant à la race 4. Une technique lente et dont le succès n'est pas assuré. L'autre option, c'est la recherche. Il est très difficile de croiser deux variétés de ces herbes géantes qui se propagent de manière végétative et ne produisent pas de graines. C'est seulement ces dix dernières années que des avancées significatives dans ce domaine ont été réalisées. Il faut dire qu'il n'y a dans le monde que cinq scientifiques qui planchent sur l'amélioration du fruit le plus populaire du monde. La marge pour progresser est considérable.

Le Réseau international pour l'amélioration de la banane et de la banane plantain (INIBAP) lance donc un appel au secours. Parmi les projets de sauvetage, le séquençage de son génome tient une bonne place. Conscient du danger, un consortium de chercheurs s'est constitué l'année dernière pour atteindre cet objectif dans les cinq ans. Avec ces connaissances, il serait notamment envisageable de développer des cellules de banane génétiquement modifiées résistantes aux maladies. Elles seraient ensuite injectées dans la plante et, avec un peu de chance, la coloniseraient au point de lui conférer les armes pour lutter contre les champignons. Mais, comme il s'agit malgré tout d'OGM, il y a peu de chances que les consommateurs acceptent de peler de tels produits de sitôt.

Selon l'INIBAP, la perte de la Cavendish affecterait certes les consommateurs des pays développés, mais cette variété ne représente que 13% de la production mondiale (100 millions de tonnes par année). En effet, les 87% restants, constitués par plus de 500 autres variétés, sont vendus et consommés sur place, dans les 120 pays tropicaux et subtropicaux qui produisent des bananes. La majorité des cultivateurs n'ont même pas les moyens d'acheter des fongicides. Des millions de personnes sont directement concernées par les épidémies actuelles et à venir.

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