Un retraité de l'Education nationale française a trouvé la coupable de la crise des banlieues: c'est l'orthographe: «Les difficultés inutiles de notre orthographe sont la principale cause d'échec scolaire. A son tour, l'échec scolaire est le principal pourvoyeur du racisme, de la violence, du vandalisme.» Conclusion logique: «L'orthographe du français est donc la première cause de la délinquance.»

Louis Rougnon-Glasson, chef de file du mouvement Ortograf, diffuse ce message à coups de tracts et d'autocollants siglés «orthographe = régression sociale». Tout un matériel de propagande qu'il met en vente sur son site internet http://alrg.free.fr/ortograf/.

La voie de la simplification proposée par cet ennemi du circonflexe est l'écriture phonétique augmentée de quelques symboles comme l'epsilon grec pour indiquer le son «et». L'initiative n'est pas totalement neuve, note Marinette Matthey, membre de la Conférence intercantonale de l'instruction publique (CIIP): «Dans les années 50, le linguiste André Martinet prônait l'alphonique, une méthode assez semblable.» Echec. Il faut dire que Martinet destinait sa méthode uniquement aux élèves en difficulté scolaire, ce qui revenait à créer une écriture à deux vitesses.

Plus radical, Rougnon-Glasson souhaite, lui, convertir toute la francophonie à son orthographe phonétique. «Dans le contexte actuel, c'est du délire pur et simple», commente Marinette Matthey, elle-même pourtant favorable à une réforme. La linguiste a vécu des décennies de débats à ce sujet. En 1990, une modeste simplification était enfin adoptée par l'Académie française. Elle concernait, par exemple, la suppression des accents circonflexes sur les i et les u.

Quinze ans plus tard ces nouvelles graphies sont encore loin d'avoir passé dans les mœurs. Et le débat autour de l'orthographe demeure hautement affectif. «Chaque projet de réforme est perçu comme le fruit d'un complot anarcho-libertaire», sourit Marinette Matthey.

Si la radicalité de la méthode prônée par Louis Rougnon-Glasson voue cette dernière à l'échec, son argumentaire est moins fantaisiste qu'il n'y paraît. La proportion d'heures passées par les élèves francophones à plancher sur un code écrit particulièrement capricieux est sans commune mesure avec celle qui y est consacrée dans la plupart des autres langues.