On a longtemps voulu faire croire que la chute de la Banque Vaudoise de Crédit (BVCréd) était liée aux problèmes des PME du canton. «Dans un climat de crise, alors que le chômage s'aggrave, les difficultés croissantes des entreprises se sont directement répercutées sur la situation de notre banque», pouvait-on lire dans une lettre aux actionnaires de l'établissement le 20 décembre 1993, alors que le désastre était déjà consommé. En réalité, c'est le chant des sirènes de l'immobilier qui a coulé la première banque régionale de Suisse.

Sur ses 400 millions de risques évalués par la fiduciaire Atag, une bonne moitié était directement liée à des opérations immobilières conclues à la hâte, avec comme seul souci celui de grossir la taille de la banque. C'est simple: durant cette période d'euphorie, la somme de bilan de la BVCréd a triplé en l'espace de six ans, passant de 800 millions à 2,5 milliards de francs. Plus grave, alors que l'ensemble des banques régionales ont commencé à limiter leur octroi de crédit dès 1990, notamment dans l'immobilier, il faudra encore attendre deux ans pour que la BVCréd leur emboîte le pas.

La manière de traiter les affaires au sein de cet établissement qui jouait la carte de banque de proximité, était tout aussi aléatoire. L'octroi de crédit se faisait souvent sur un coin de table, à la tête de clients parfois liés aux dirigeants de la banque, sans véritable souci de leur solvabilité, de leurs compétences, de la rentabilité des projets et de l'évaluation des garanties. Quand la Banque cantonale vaudoise (BCV) a mis son nez dans les comptes de la BVCréd après sa reprise, elle s'est très vite rendu compte de l'ampleur du problème: 80% des dossiers nécessitaient une étude complémentaire en raison des données lacunaires.

Nombre de promotions immobilières financées par la BVCréd ont assurément dû surprendre les spécialistes de la BCV. L'Hôtel des Cèdres à Bex pour lequel Emile Freymond a reçu un crédit de construction de 22 millions a dû être fermé. Difficile de croire que cette somme a uniquement servi à ériger un établissement de 30 chambres, quatre studios et un restaurant. En comparaison, le Grand Hôtel d'Yverdon avec ses 129 chambres, deux restaurants et une piscine est revenu à 31 millions. Autre exemple: un terrain de la région d'Aigle, financé à coup de millions par la BV- Créd dans le secret espoir qu'une hypothétique implantation de Ciba à proximité permettrait d'y bâtir 400 logements, n'a finalement jamais été exploité par son promoteur, le même Emile Freymond.

Une première enquête par le juge d'instruction Jacques Antenen était ouverte suite à la déconfiture de la BVCréd en relation avec l'opération Equinoxe. Celle-ci, lancée en urgence alors que les premiers signes avant-coureurs de la catastrophe étaient perceptibles, prévoyait une rémunération plus généreuse des carnets d'épargne pour tout détenteur de 50 actions de la banque. Cette première instruction débouchait sur l'inculpation d'Hubert Reymond, directeur de la BVCréd et un non lieu pour les autres personnes impliquées, notamment les administrateurs. Quelques mois plus tard, le conseil de liquidation de la BVCréd déposait une deuxième plainte pour fausse comptabilité sur le calcul des intérêts et des risques visant l'ancien directeur Roger Givel et d'autres dirigeants de la banque. Cette deuxième procédure menée à son terme par le juge a toutefois entraîné en fin d'année dernière, après les prolongations d'usage, une demande d'opérations complémentaires de la part du conseil de liquidation.

Jacques Antenen est sur le point d'obtenir les rapports de police sur les deux aspects concernés qui lui permettront de clôturer une nouvelle fois le dossier. A ce jour, seul Hubert Reymond est inculpé.