Sexe au féminin

Barbara, 50 ans, la jouissance sexuelle retrouvée

Elle a attendu longtemps pour s’écouter. Maintenant, elle se rattrape. Et «pour jouir», elle dit: «Je me suis toujours masturbée pendant l’acte amoureux»

Expliquer vraiment, dans le détail, ce qui plaît, déplaît, allume le désir ou éteint le feu: tel est l’objet de notre série d’été cette semaine. Cinq Romandes de 17 à 67 ans se sont prêtées au jeu du dévoilement, en évoquant leur vie amoureuse et leur sexualité.

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La rencontre a lieu à Genève, devant un thé glacé salvateur. Sous une allure effacée, Barbara, enseignante au secondaire, a du tempérament. Et, surtout, les idées très claires. Elle se souvient de tout. De la vision que ses parents avaient de la sexualité, de sa découverte de l’écrivaine libertaire Anaïs Nin, de sa première fois, à 18 ans avec un contemporain étonnamment doué, de sa vie de femme mariée plutôt maussade et des ressentis, au lit, depuis que, divorcée, elle vit sa vie.

Des heures de cunnilingus

Aujourd’hui, elle sort avec Jean-Paul, qu’elle a rencontré sur Internet. «Un pro du cunnilingus. Il peut faire ça durant des heures et me maintenir dans un état inouï de plaisir.» Barbara, bientôt 50 ans, deux enfants adolescents, a un métier prenant. «J’ai passé des années à ne pas être à l’écoute de moi-même, incapable de dire ce dont j’avais envie ou besoin. Maintenant, je me rattrape!»

Un visage fin et typé, un corps sensuel, doux. Et surtout un regard malin. Barbara aime rire et ce trait l’a souvent sauvée de situations compliquées. Son mariage a été mouvementé, mais l’amour de la littérature et le dialogue avec ses enfants l’ont sauvée. Et le sexe dans tout ça? «Je l’ai toujours associé au plaisir, même quand ce n’était pas une réussite. Je n’ai jamais pris la sexualité en grippe.» On l’imagine, à voir comment la gourmande détaille les bons traitements de son amant du moment. «Il a un petit pénis, donc la pénétration ne me donne aucune satisfaction, à part peut-être quand il me prend en levrette. En revanche, il adore me lécher et ça, c’est l’extase absolue! Une découverte!»

Orgasmes simultanés

De toute manière, Barbara n’a jamais joui dans les profondeurs. «Je me suis toujours masturbée pendant l’acte amoureux, sinon, je n’ai aucune sensation.» Elle affectionne la position dite d’Andromaque, lorsque la femme est à califourchon sur son partenaire couché sur le dos. «C’est comme cela que j’ai eu parfois des orgasmes simultanés. C’était avec Andres, un compagnon qui pouvait attendre dix à vingt minutes avant de jouir. Au début, il faisait l’effort et c’était très fort. Ensuite, il a davantage pensé à lui. Moi je ne viens pas vite, j’ai besoin de temps. Vingt, trente minutes, une heure parfois.»

Barbara aime-t-elle les mots pendant l’amour? «Je ne dis rien, ou pas grand-chose. Mon mari, oui, il me disait que j’étais bonne. Andres était totalement muet et quand il souhaitait que je ralentisse, il faisait des bruits avec la bouche, comme un maître équestre, c’était assez horrible. J’ai fini par détester ça! Jean-Paul, lui, parle énormément. Il me célèbre. Il adore tout de moi. La forme de mon sexe, mon odeur, mes réactions. Souvent, durant la journée, il m’envoie des textos à ce sujet. Il est obnubilé par mon vagin, et ça ne me déplaît pas!»

Les sex-toys? Horrible!

Et les sex-toys, y a-t-elle recours? «Non, je trouve ça affreux, c’est horrible, ces corps étrangers en plastique! C’est comme la sodomie, je n’adore pas. Je peux le faire, si je suis dans l’éblouissement d’une rencontre, un peu allumée, mais sinon, j’ai mal. Par contre, j’aime bien qu’on m’attache les mains et recevoir des fessées.»

Un ange passe. Retour dans les jeunes années de Barbara. Quelle était la vision de la sexualité dans sa famille? «Le sujet était un peu tabou. J’ai toujours entendu ma mère dire que c’était dangereux de se donner à un garçon, qu’il pourrait en profiter. Il faut dire qu’elle a été jurée dans le procès des viols de Pré-Naville, une agression dans un squat qui avait fait grand bruit à Genève dans les années 80. Comme elle me racontait tout quand elle rentrait, j’ai été un peu traumatisée. Quand j’étais ado, elle m’a avoué son insatisfaction chronique au lit. Mon père a toujours trouvé la sexualité dégoûtante, au point que je le soupçonne d’être un homosexuel refoulé. Heureusement, ma sœur, plus âgée, avait tout Anaïs Nin dans sa bibliothèque. J’ai lu ses écrits à 12-13 ans et j’ai trouvé ça totalement jouissif. C’est là que j’ai commencé à me masturber.»

Situations de domination

Barbara réfléchit. «En fait, j’aime quand l’homme est généreux, passionné. Quand je suis avec des partenaires distraits ou peu curieux, je me lasse très vite.» Et elle-même, se considère-t-elle comme généreuse et passionnée? «Oui et non. Je peux faire une fellation, si le pénis de mon amant ne me dégoûte pas, mais je ne suis pas prête à me mettre en quatre pour satisfaire mon partenaire.» La faute peut-être à Gabriel, son premier amoureux, étonnamment inventif pour son âge. «Nous avions 18 ans tous les deux, nous sommes restés huit ans ensemble, avec une pause au milieu. C’était aussi la première fois pour lui. En fait, il y a eu plusieurs premières fois, car j’avais peur d’avoir mal. Ensuite, c’était incroyable sur le plan sexuel! On avait la même soif d’exploration. On a beaucoup regardé des films pornos et on a tout essayé. De la course de cache-cache dans l’appartement à des situations de domination, et, évidemment toutes les caresses et positions.»

Le machisme des jeunes garçons, un choc

A bientôt 50 ans, Barbara n’a jamais été aussi gourmande et exigeante dans le développement du jardin privé. Par contre, en tant qu’enseignante, elle est choquée par le retour massif du machisme chez les jeunes garçons qui, dit-elle, «ont une vision faussée de la femme». Et attristée aussi de voir à quel point les jeunes filles acceptent facilement ce retour en arrière. «La sexualité doit être et rester une libération. Pour la femme comme pour l’homme. J’essaie de transmettre ce principe à ma fille et mon garçon.»


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Dossier
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