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Un «bashing» sur le Net peut vous pourrir toute une vie.

Sur les réseaux

Bashing sur Internet: pourquoi tant de haine?

Ceux qui le subissent seront marqués à vie. Comment le vit-on? Et comment fonctionnent ceux qui se complaisent dans l’acharnement? Témoignages et éclairage sociologique

Au Far West, on appliquait du goudron et des plumes sur la personne qui le «méritait». Il y a aussi eu le pilori, au Moyen Age, découlant d’un jugement officiel. Aujourd’hui, le public cloue au pilori de manière virtuelle et psychologiquement violente. Sans jugement préalable, sans limite de temps, des internautes en meutes crucifient une personne toute désignée. Cette dernière fera alors office de défouloir, parfois pendant des mois, principalement sur les réseaux sociaux.

L’exemple de Jonas Schneiter

C’est ce qu’a vécu Jonas Schneiter, animateur radio et télé. En reprenant les matinales de Couleur 3 en août 2014, après le tandem Veillon-Kucholl, le jeune homme a ramassé des insultes quotidiennement – auxquelles il a choisi de ne pas répondre, de crainte d’alimenter la haine – pendant quatre mois.

«Sur le moment, on a l’impression que c’est une masse de gens énorme. Il est très difficile de relativiser, témoigne Jonas. Ma seule manière de le faire a été de bloquer les 40 personnes les plus virulentes.» Quarante? Cela peut paraître «pas si terrible», mais Jonas donne cette comparaison: «C’est comme si tu fais un concert devant 10 000 personnes, et que les 10 qui te détestent sont au premier rang.»

L’animateur s’est senti «mobbé par une partie du public». «Comme je devais prendre du recul, je paraissais de plus en plus hautain, j’avais un ton moins naturel. Tes haters te poussent justement là où ils ne veulent pas que tu ailles.»

Un processus grégaire

«Voir les effets du bashing des autres est devenu une activité partagée, quasiment comme un spectacle», explique Olivier Glassey, sociologue au Laboratoire de cultures et humanités digitales l’Université de Lausanne. Selon lui, les cas de bashing «sont des catalyseurs impressionnants. Jonas Schneiter a certainement symbolisé plusieurs choses. Les mécontents qui n’aiment simplement pas le changement, ceux qui préféraient l’autre émission, etc. C’est un processus grégaire, comme une standing ovation à la fin d’un spectacle. Trois personnes osent se lever, puis les autres s’alignent, et à la fin ce sont ceux qui sont restés assis qui doivent se justifier.» Le Dr Glassey relève l’asymétrie radicale de ces situations: «Les gens qui postent un message cinglant passent rapidement à autre chose. La personne qui se fait «basher» se trouve seule face à un torrent d’invectives.»

L’exemple de Marie Maurisse

La journaliste et écrivaine Marie Maurisse en a vécu la triste expérience suite à la publication de son livre Bienvenue au paradis, le déclencheur ayant été une interview au 12:45 sur RTS Un. Les internautes se sont déchaînés sur Facebook, puis dans les commentaires liés aux articles parus dans la presse romande. Et enfin dans les commentaires liés aux articles parlant du bashing même. Une véritable spirale.

Lire aussi: Expatriés français: les internautes s’expriment sur la page Facebook du «Temps»

Insultée violemment pour avoir ouvert le débat sur «les sentiments anti-français en Suisse», elle ne s’attendait pas à une «personnalisation de l’événement. Je ne pensais pas que l’on s’en prendrait à moi. J’ai remis en question mon travail, je suis devenue un peu parano.» Pour se protéger, Marie fait le black-out, évite d’aller sur les réseaux sociaux. Sur le moment, elle n’a pas l’énergie de répondre aux messages d’insultes, mais elle s’attelle à cette tâche aujourd’hui. «20% des gens ne répondent pas, mais dans la majorité des cas, le propos s’est adouci.»

Après la gloire, le «bashing»?

Le Dr Glassey se questionne: «Si l’auteur avait été différent, le bashing aurait-il eu lieu? En creux de ces attaques en meute, on trouve une lecture de «qui» a le droit de prendre la parole. Dans son cas, la haine s’est portée sur elle, sur son ouvrage, sur le groupe de personnes qu’elle représentait.»

Se trouve-t-on en voie de banalisation? «On dit que l’on a tous notre heure de gloire médiatique, peut-être connaîtrons-nous tous notre bashing? Je n’ai pas encore d’élément de réponse, mais le nombre de personnes qui en souffrent augmente.» Et on ne connaît pas encore les conséquences psychologiques de ce phénomène sur le long terme.

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