Environnement

Béa Johnson, la minimaliste papesse du zéro déchet

Elle se maquille avec de la poudre de cacao, se lave au bicarbonate de soude, n’achète qu’en vrac et renvoie les courriers adressés sous pli. Rencontre avec l’icône du zéro déchet

Elle promène à travers monde son petit bocal. Comme un trophée ou un totem. «Totem et tas d’boue» a osé un sceptique puisque dans le bocal en question croupit une année de déchets de la famille Johnson. Tandis qu’un foyer ordinaire en accumule au moins 50 litres par semaine. Béa Johnson est l’auteure du best-seller Zero Waste Home (Zéro Déchet pour l’édition française) traduit en 13 langues.

Frêle jeune femme à l’accent chantant

Elle était l’autre jour à Lausanne, invitée du colloque de La Mobilière intitulé: Et si être différent était la voie à suivre. Mille personnes et cette frêle jeune femme à la tribune dont l’accent est resté chantant (elle est originaire d’Avignon) même si elle vit depuis 24 ans aux Etats-Unis.

Elle est venue propager sa bonne parole écologique. Avec beaucoup d’aisance. Très rodée au face-à-face avec le public, et au jeu médiatique. «Après un article dans le New York Times en 2010, j’ai reçu chez moi quarante chaînes de télé alors…». Toutes venues voir comment la famille Johnson s’organisait avec son mode de vie antigaspi. Et c’est étonnant. Tous les aliments des Johnson sont achetés en vrac, même les pizzas chez le pizzaïolo car ses deux enfants de 15 et 16 ans vont les chercher avec leurs assiettes.

«J’ai sauvé ma vie sexuelle en passant au pain de savon»

Dans la cuisine, pas de boîtes en plastiques mais des bocaux en verre. Les lingettes lavables remplacent les cotons jetables. Béa nettoie les carrelages au vinaigre blanc et au savon de Marseille, fabrique sa moutarde, ses yogourts, sa sauce piquante et même sa pâte dentifrice. Elle renvoie toutes les factures reçues sous enveloppe, exige de ses créanciers qu’ils ne communiquent que par mail. En guise de rouge à lèvres, Béa produit un baume à base de cire d’abeille et d’huile de sésame, se maquille avec du cacao en poudre et lave ses cheveux avec du bicarbonate de soude et du vinaigre de cidre.

«Au début mon mari me disait en se couchant que je puais la vinaigrette et notre vie sexuelle s’en est ressentie mais je l’ai sauvée en passant de temps en temps au pain de savon». Elle possède 2 robes, 2 jupes, 2 pantalons, 1 short, 3 pulls, 6 paires de chaussures, 7 culottes, quelques paires de chaussettes et un soutien-gorge… «Moins on apporte de choses chez nous, moins on produira de déchets. Moins je possède, plus je suis riche, et au verbe avoir je préfère celui d’être» résume-t-elle. Poursuivant en riant: «Je ne suis pas pour autant une hippy, voyez par vous-même je n’ai pas de poils sous les bras».

Le déclic

On revient des années en arrière. Béa a 17 ans lorsqu’elle quitte Avignon. Ses parents divorcent alors elle éprouve le besoin de s’éloigner, rêver à un autre monde. Elle sera jeune fille au pair à San Francisco. Tombe vite amoureuse de Monsieur Scott Johnson. Ils se marient, vivent de grands conforts avec grande villa, grande consommation et grandes poubelles.

Mais le consumérisme américain et les addictions l’emplissent de malaise. Elle veut quitter la frénésie de la ville. Cherche un coin à la campagne. C’est difficile à dénicher. En attendant de tomber sur la maison idéale, la famille emménage dans un loft et remise les trois quarts de ses biens au garde-meubles. Béa Johnson explique au Temps: «Et là, ce fut le déclic. Ce que momentanément nous n’avions plus était devenu du superflu. Le dépouillement nous a comblés et rendus libres.». Table rase donc jusqu’à l’aspirateur expulsé. Un air pur de liberté tout à coup.

Le bienfait sera aussi filial. Béa a grandi dans un milieu modeste, père employé aux PTT, mère au foyer. Elle se souvient alors que sa mère faisait ses confitures et ses conserves, achetait les habits à la friperie, découpait des patrons dans les magazines pour confectionner robes et pull-overs, a imposé le compostage dans son village. «En cherchant des conseils, j’ai renoué le fil avec elle» se réjouit Béa.

Les fameux 5R

Scott, son mari, adhère vite au projet un peu fou de sa femme et quitte son emploi pour ouvrir une entreprise de conseil en développement durable. «Le projet est avant tout familial» précise-t-elle. Les retombées immédiates? «40% d’économie sur notre budget, on s’est désencombré et gagné du temps pour la vie de famille car on n’a moins à ranger, nettoyer, stocker et trier. Sur le plan santé, le made in home a diminué les allergies, les conjonctivites et les sinusites». Béa a popularisé les 5R: refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter (en anglais, «rot»). Cette question: «Vous faites le tour du monde pour porter la bonne parole, qu’en est-il de votre empreinte carbone?». Réponse: «J’estime que si ma présentation inspire ne serait-ce qu’une seule personne, ça vaut le coup et il n’y a alors pas de gaspillage en kérosène».

Elle a parlé devant les Nations unies et le Parlement européen et se félicite que les pays avant tout francophones commencent à développer l’achat d’aliments en vrac dans les commerces. «Le Canada est exemplaire, la France aussi. La Suisse semble encore un peu à la traîne» précise-t-elle. Pour le reste, Béa avoue que certaines amitiés du couple ont changé, qu’elle a lu et entendu des commentaires monstrueux mais que les copains de ses fils qualifient de «totalement futuriste» l’habitat quasi-vide des Johnson.


Profil

1974: Naissance à Besançon

1992: Arrivée aux Etats-Unis

1996: Mariage

2000 et 2001: Naissance de ses deux enfants

2008: Tend au zéro déchet

2013: Parution de «Zéro Déchet» (Edition Les Arènes)

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