Il faudrait être complètement insensible pour ne pas l’avoir remarqué: «Il fait chaud, très chaud en ce mois de novembre», comme le constate L’Obs. D’ordinaire? Il fait en moyenne 6 à 7°C à cette période de l’année. Alors la tentation est grande, quelques semaines avant le début de la COP21, la conférence internationale de Paris sur les changements climatiques, d’y voir «un lien avec le réchauffement».

Le magazine français veille donc au grain, même si celui paraît très improbable: «Aussi exceptionnels soient-il, des pics de chaleur ont toujours existé en toutes saisons, y compris en dehors de la période de réchauffement actuel. En revanche, la répétition de ce type d’événement peut être mise en parallèle en effet avec ce contexte de réchauffement climatique. Nous avons battu des records souvent établis ces dernières années, entre 2005 et 2014.»

Et de donner cet exemple parlant: «Du temps des Romains, il faisait plus chaud qu’aujourd’hui.» L'empire a ainsi «pu s’étendre sur une grande partie de l’Europe», alors que le confort climatique était très grand, avec une chaleur et une relative humidité qui «optimisaient […] les rendements agricoles, l’artisanat et donc la richesse». D’ailleurs, la chute de Rome «a coïncidé avec un refroidissement et une série de sécheresses».

N’empêche, tout le monde se pose la question: mais pourquoi le mois de novembre 2015 est-il si chaud? Le Figaro tente d’y répondre par la voix de Régis Crépet, qui est météorologue à Météo Consult (voir ici sa page Facebook). Lequel répète encore une fois ce dont les flashs météo des télés nous rebattent les oreilles depuis plusieurs jours: la douceur de ces températures s’explique par la présence d’un immense anticyclone subtropical (voir la carte ci-dessous), qui stationne actuellement sur le continent européen. Il s’étend de la mer Baltique à l’Espagne et rejette les perturbations venues de l’Atlantique.

«Ce dernier est venu du Maroc en entraînant avec lui une masse d’air […] particulièrement chaud, avant de s’étaler sur toute l’Europe de l’Ouest.» Nous baignons donc dans cet air, «environ 6 degrés au-dessus des normales saisonnières». «Jusqu’à présent en novembre, les valeurs de référence» pour les précédents records étaient «de 21,2 degrés en 1982 à Zurich-Kloten et de 22 degrés à Bâle il y a 116 ans, selon MétéoSuisse», que l’Agence télégraphique suisse (ATS), sensibilisée, a consultée il y a peu.

Et est-elle liée au réchauffement climatique, cette ambiance tropicale, M. Crépet? Réponse de Normand: «Impossible de l’affirmer mais impossible de le nier également.» Reste que «l’année 2015 sera très probablement l’année la plus chaude que nous ayons jamais connue». Et «il faut aussi savoir que nous sommes en pleine année El Niño», du nom de ce «courant chaud du Pacifique, apparaissant de façon irrégulière, causant des hausses de température. Le dernier […] date de 1998 et l’année avait été particulièrement chaude.» Mais cette année, septembre et octobre ont été plus froids que la moyenne, ce qui contredit un peu l’effet El Niño.

Réécouter Joe Dassin!

(Parenthèse.) Toutefois, par pitié, ne parlons pas d'«été indien», car c’est «une saison qui n’existe que dans le nord de l’Amérique». Nous devrions le savoir depuis 1975 avec la chanson de Joe Dassin (à réécouter ici). Parce qu’on parle bien ici d’Indien d’Amérique et non d’Indien d’Inde. La métaphore est donc abusive pour l’Europe. (Fin de la parenthèse.)

Selon Metronews, «la douceur devrait se prolonger cette semaine, même si plus de nuages sont attendus, entraînant la perte de quelques degrés au thermomètre». Mais on «restera quand même au-dessus des normales de saison». Et plus l’anticyclone est puissant, plus les prévisions sont faciles.

Prévoir, disent-ils

«Les situations et variables météorologiques ne se laissent pas toutes prévoir avec la même fiabilité», fait bien de prévenir au passage la très courue Météo agricole régionale de Landi: «La prévisibilité d’une prévision est une mesure de sa fiabilité, donc également une mesure de la confiance qu’on peut lui accorder. La prévisibilité est une mesure de fiabilité qui s’applique à l’évolution générale du temps. Elle ne peut donc […] être traduite par une probabilité des paramètres» locaux.

En attendant, nos plongeons dans les eaux et nos «promenades en simple short et t-shirt», répétons-le comme le fait Le Parisien, n’ont «rien d’exceptionnel, ça a même un nom: l’été de la Saint-Martin». Mais l’intensité de ce phénomène cette année est inédite», et les météorologues parlent de records absolus sur quatre siècles.

Et dans les semaines à venir?

Pour ce qui touche à la suite des événements, «les grands froids sont complètement exclus [des] scénarios jusqu’à fin novembre au moins…» En attendant, ce redoux tardif a fait que des poiriers ont fleuri en Bretagne «et certains noisetiers […] ont recommencé leur pollinisation». Conséquence? Si ça bourgeonne et que des gelées arrivent, «les dégâts peuvent être considérables et mettre en péril les récoltes».

Comme au printemps, même si l’on est en automne. Comment on dit déjà? «Y’a plus de saison ma bonne dame»? Selon le Météoblog hébergé par TV5Monde, l’expression a toujours existé. «Les chauds et froids continueront de se succéder n’importe comment dans les temps à venir. Des hivers extraordinairement doux se produisaient parfois durant le «petit âge glaciaire», il ne fait nul doute que nous connaîtrons à nouveau, un jour ou l’autre, des vagues de froid hivernales exceptionnelles malgré le contexte de réchauffement…»