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A la fin de juin 1978, la Fac de médecine est toujours occupée par les étudiants, prélude à un été chaud sur le front de la contestation tous azimuts, en France comme ailleurs.
© Jean Jacques Levy/AP/Keystone

éditorial

Les beaux restes des révoltes de 1968

ÉDITORIAL DU 2 JUILLET 2018. Durant les mois de juillet et août, «Le Temps» s'est remémoré l’été de toutes les contestations dans le monde, en 1968. Qui résonne, cinquante ans plus tard, avec quelques préoccupations du monde contemporain

Ce printemps 2018 a été marqué par les commémorations de Mai 68. Tel un épiphénomène qui aurait laissé peu de traces pour certains, comme une révolution fondamentale des mœurs socio-politiques pour d’autres. C’est oublier qu’après le printemps vi(e)nt l’été. Celui de 1968 fut chaud.

La plongée qu’a effectuée Le Temps ces huit dernières semaines dans ses archives, le corpus en ligne du Journal de Genève et de la Gazette de Lausanne, le montre bien: le monde tente alors un rétablissement de ses fondamentaux. Les forces gaullistes triomphent en France à la fin de juin et les blindés du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie deux mois plus tard, sonnant l’effondrement brutal du Printemps de Prague. Mais à cette époque de la guerre froide et d’une jeunesse vivace qui se libère de ses jougs, montait en réaction, partout dans le monde, la colère contre un partage inéquitable des fruits de la croissance, contre le militarisme, la faim dans le monde, le racisme et la violence, le pouvoir démesuré du capital.

Frustrations et révoltes

Le triomphe de la société de consommation, les pouvoirs autoritaires comme la dictature des colonels en Grèce et celle de Franco en Espagne, la terrible famine au Biafra, la guerre du Vietnam, les matraques des CRS au Festival d’Avignon, les premiers cris de Sakharov en URSS, une encyclique du pape condamnant la contraception, les manifestations au Mexique avant et pendant les Jeux olympiques d’été – et en bien d’autres lieux du globe, sur tous les continents – sont autant de symptômes d’un monde qui va mal et engendre frustrations, soulèvements et révoltes contre les conservatismes établis.

C’est comment qu’on freine?

Cinquante ans plus tard, il est tentant de dessiner un parallèle entre ces revendications jubilaires et celles des générations Y et Z, qui entrent dans l’âge adulte. Travailler pour vivre et non le contraire, repenser les relations hiérarchiques, se battre pour davantage de justice économique et pour une Terre plus propre et plus économe, menacée par les excès en tout genre; voilà qui rappelle la lutte, dans les années 1960 et 70, pour plus de libertés, voilà qui redonne du tonus à la montée des forces antinucléaires, au féminisme, à la démocratie.

Plus largement, cette envie de décélération dans un monde qui va trop vite, ce réflexe de freinage devant les obstacles d’une société numérique gloutonne en énergie et en forces vives s’incarne dans le slow food, l’antispécisme, le mouvement #MeToo, l’aspiration à plus de bonheur, la protection de l’environnement, l’établissement d’une vie plus décente dans les régions d’émigration. L’an 1968, de ce point de vue, affiche de beaux restes. Alors que la fusée universelle a déjà bientôt consommé 20% de son carburant pour le XXIe siècle, elle vient rappeler cette évidence: ses 7,5 milliards de passagers ne tiennent pas à se placer sur une orbite percluse de non-sens.

Dossier
L'été 68 au jour le jour

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