Barbara Steele (The Butterfly Room) L’égérie du film policier sanglant italien des années 1960, le giallo, était invitée d’honneur du NIFFF l’an passé. Cette année, elle revient sur l’écran, dans sa langue, grâce au film américain The Butterfly Room, dû à l’italien Jonathan Zarantonnello, qui adapte son propre roman. Et qui, précisément, rend hommage au giallo avec cette histoire d’une dame, et mère, désormais solitaire, cherchant à s’entourer de jeunes filles afin de leur montrer sa collection de papillons. Sans hésiter à recourir à la violence lorsqu’elle se sent contrariée... Le film offre en outre un retour à Ray Wise, le père de Laura Palmer dans Twin Peaks : Fire Walk with Me – on aura vu ce dernier deux fois au NIFFF, il apparaît également dans Excision. Barbara Steele, quant à elle, se coule à merveille dans ce rôle ambigu, servi par une redoutable construction en puzzle. Ce diable de femme n’a pas fini de hanter ses adorateurs.

Gretchen Lodge (Lovely Molly) Une révélation. Même si le film n’aura de toute évidence pas le même retentissement que The Blair Witch Project il y a treize ans, la jeune actrice démarre sa carrière – c’est son premier long métrage – par un coup d’éclat. Et c’est tout à l’honneur d’Eduardo Sanchez, naguère co-auteur de Blair Witch, de l’avoir choisie. Lovely Molly suit les obsessions d’une jeune mariée qui, avec son mari, revient vivre dans la maison de famille. Où rôde le fantôme façonné au fil des ans par un secret de famille. Le réalisateur abandonne partiellement la caméra subjective, tout en se sentant obligé de recourir parfois à des extraits vidéo, ce qui rend le film confus. Mais Gretchen Lodge impressionne par la densité de son jeu, portant sans discontinuer ce lourd rôle d’une femme terrassée par ses démons, toujours plus dangereuse pour elle-même et pour son mari. Cheveux courts, beaux yeux affolés, la hantise psychologique a un nouveau visage.

Les zombies de Citadel On le sait, les morts-vivants sont bon à tout faire (lire ci-dessus). Dans le singulier Citadel, ils n’apparaissent l’espace de quelques plans, de courtes scènes dans le HLM de ghetto urbain qu’ils occupent. Dans ce film de Ciarán Foy (Ecosse/Irlande), ils terrorisent Thomas (Aneurin Barnard, à la peur communicative), car ils veulent s’en prendre à son bébé, après avoir éliminé la mère. Le suspense prend la forme d’une quête inégale dans les étages du vaste locatif délabré. Assisté par un enfant aveugle, un prêtre connaît toutefois les points faibles des créatures, et surtout, l’origine de leur condition. Retranchés sous leurs capuches, ces zombies ne manquent pas d’impressionner malgré leurs apparitions mesurées, quoique violentes. Ils servent là de matière à parabole, de corps ravagés incarnant la rage qui les animent. Au fond, cette haine n’a rien de bien surnaturel, qui doit davantage aux drames des crises économiques qu’aux malédictions de toutes sortes.

Eddie (Eddie, the Sleewalking Zombie) Il a l’air inoffensif, Eddie (incarné par Dylan Smith). Dans ce film canado-danois de Boris Rodriguez, il est un élève tardif d’une école d’art. Sourd, et mentalement attardé. Ainsi que somnambule. Lorsqu’il sort la nuit, en dormant, il déchiquète des animaux, lapins ou chiens. En manque d’idées, un peintre vedette venu du Danemark pour enseigner dans l’école se retrouve à prendre Eddie comme hôte dans sa maison, et à s’en occuper. Dodelinant la journée, le pupille commence à dévier son appétit nocturne sur des humains, en particulier ceux qui contrarient son mentor. Lequel, à la vue des corps démembrés, retrouve l’inspiration... Foncièrement original, renouvelant avec bonheur et humour le thème de l’artiste motivé par le macabre et poussé au crime, le film regorge d’intuitions aussi pertinentes que plaisantes. Et le pauvre Eddie, instrumentalisé dans sa barbarie, n’en demeure en vérité que plus touchant. Un peu.

Harold (Harold’s Going Stiff) Harold Gimble est un veuf retraité aux journées peu remplies. Mais voilà, il devient aussi la première victime d’une nouvelle maladie qui frappe la Grande-Bretagne, se caractérisant par des raideurs articulaires croissantes. Au dernier stade, les patients deviennent violents. Des genres de zombies, en somme. Infirmière aux sentiments et au corps généreux, mais au coeur en recherche d’amour, Penny prend soin de Harold, alors que de dangereux comités d’autodéfense chassent les soi-disant zombies sur la lande. Pour ces vigiles à deux sous, ainsi que pour les médecins qui cherchent un traitement, Harold (Stan Rowe) va devenir une proie de choix, que Penny (Sarah Spencer) cherche à défendre. Le plus joli couple de cinéma du moment est né. Présenté comme une comédie de zombies, Harold’s Going Stiff n’a pourtant rien de Shaun of the Dead. Le réalisateur Keith Wright colle sur la toile de fond d’épidémie malfaisante cette romance parfois ironique, mais pas toujours. Vrai, des spectateurs ont pleuré à la fin. Tout arrive, au NIFFF.