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Des volontaires de l'aide aux sans-abri en hiver à Munich, en décembre 2017.
© Andreas Gebert/Keystone

Volontariat

Le bénévolat, ce travail que l’on choisit toujours

En Suisse, le volontariat signifie la plupart du temps consacrer quelques heures à une institution en sus de son emploi régulier. Mais, pour certains, cet engagement joue un rôle clé dans la définition de soi, comme en témoigne une récente publication

Chaque début de semaine, «Le Temps» propose un article sur la thématique du développement personnel. Pendant cette année des 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. La cinquième porte sur «l’économie inclusive». Celle-ci vise à mieux tenir des enjeux écologiques, éthiques et égalitaires. Nous cherchons des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus intelligentes, qui contribuent à mieux répartir ce qu'elles génèrent entre toutes les parties concernées.

Précédentes contributions:

«Quand j’ai quitté la présidence de l’association, j’ai eu peur de n’être plus personne. Tout le monde me connaissait dans cette fonction-là.» Julia, 56 ans, est thérapeute à Fribourg, après une carrière comme laborantine. En parallèle, elle s’est investie pendant vingt-cinq ans dans le bénévolat, en montant et présidant l’antenne des Cartons du cœur dans sa ville, une association qui aide ceux qui sont dans le besoin.

Comprendre leurs motivations

Julia est une des personnes interrogées par Saskia Weber Guisan, collaboratrice scientifique à l’Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle (IFFP). Sa recherche, «Engagement bénévole et développement du pouvoir d’agir», est parue dans les Cahiers de la Section des sciences de l’éducation de l’Université de Genève en juin dernier. Une démarche non représentative des bénévoles «standard» mais qui cherche à comprendre ceux qui font de leur engagement une part essentielle de leur vie.

Les personnes qualifiées, avec des postes à responsabilité, font plus de bénévolat que les autres

Nicky Le Feuvre, professeure de sociologie du travail à l’Université de Lausanne

«La plupart des bénévoles s’investissent sur un temps négligeable par rapport à leur vie professionnelle», rappelle Nicky Le Feuvre, professeure de sociologie du travail à l’Université de Lausanne. Les 19,5% de la population qui effectuent du travail bénévole organisé – dans des associations sportives, culturelles, institutions politiques et autres – y consacrent en moyenne 3,2 heures par semaine, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique pour l’année 2016.

Lire également: Bénévolat: parce que je le VEUX bien!

Au lieu de s’opposer ou de se compenser, l’engagement professionnel et le bénévolat sont liés, détaille encore Nicky Le Feuvre. «Les personnes qualifiées, avec des postes à responsabilité, font plus de bénévolat que les autres. Il y a souvent un transfert de compétences entre les deux domaines.»

Et à l’avenir? Les bénévoles «confirmés» qui font l’objet de l’étude de Saskia Weber Guisan pourraient devenir plus nombreux, estime-t-elle. «Notre monde professionnel est en transition: nous sommes amenés à changer plusieurs fois de métier au cours d’une vie, beaucoup se lancent comme indépendants, il y a une porosité grandissante entre le travail bénévole et le travail salarié. On peut imaginer que si une initiative comme celle du Revenu de base inconditionnel passait, l’engagement sans salaire serait encore plus important.»

Aider et s’épanouir en même temps

Pourquoi s’investir sans être payé?: «Quand j’ai réalisé qu’il y avait de la misère même à côté de chez nous, j’ai eu envie d’agir», répond Julia. «Il y a une volonté de contribuer au bien commun, note Saskia Weber Guisan. Beaucoup retrouvent ce sentiment dans le travail, mais ce n’est pas forcément le cas pour tous. Le bénévolat est toujours choisi, le travail peut être une obligation pour gagner sa vie.»

Mais s’investir sans être payé, c’est aussi se faire du bien. «Le bénévolat est toujours un peu intéressé, sourit Julia. La vie a toujours été généreuse avec moi, donner était un moyen de trouver un équilibre.»

Et cet engagement peut être l’occasion d’agir en accord avec ses valeurs: «Il y a un monde du travail où je fais un job qui ne m’intéresse pas et auquel je ne crois pas, et puis le monde du bénévolat où je fais quelque chose qui m’intéresse et auquel je crois», peut-on lire dans le témoignage d’Ariane, 39 ans. Saskia Weber Guisan explique: «La première question qu’on pose toujours, c’est ce qu’on fait dans la vie. Avec le bénévolat, on peut se définir selon d’autres critères et indépendamment de son milieu socioéconomique. Dans les associations sportives, organisations dans lesquelles s’investissent le plus les bénévoles suisses, on observe une diversité de milieux.»

Chez les bénévoles très impliqués, l’investissement peut cependant devenir trop lourd. Julia a désormais quitté ses fonctions de présidente d’association, qui lui prenaient plus de dix heures par semaine, pour passer à quelques heures d’aide par mois. Comme la plupart des bénévoles suisses.

Lire aussi: Le «volontouriste», ce mauvais samaritain

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