Ça chauffe à Berlin, où le chancelier Gerhard Schröder veut démontrer qu'il a repris le contrôle de la crise de la vache folle. Après la désignation de nouveaux ministres, des directives sont annoncées pour juguler l'épidémie en Allemagne. Le gouvernement maintient sa volonté de rendre obligatoire l'abattage de tout le troupeau lorsqu'un cas de vache folle est enregistré. Une base juridique est en préparation; le texte devrait être soumis au parlement la semaine prochaine.

Que fera la Bavière, qui a toujours déclaré sa préférence pour le modèle suisse d'abattage sélectif des troupeaux suspects? Des réponses contradictoires circulaient vendredi à Berlin. Il semble toutefois que le gouvernement se prépare à passer à la caisse. Selon un porte-parole du ministre allemand de l'Agriculture, les paysans pourraient à l'avenir recevoir quelque 1000 deutsche Mark par tête de bétail abattue, contre seulement 500 aujourd'hui. Le dédommagement serait ainsi élevé à la hauteur de la valeur commerciale de l'animal.

Dès le lendemain de l'annonce du remaniement gouvernemental, le ministre des Finances avait pourtant fait savoir qu'il n'accorderait pas de moyens supplémentaires pour l'agriculture. Les mesures allemandes «de crise» s'inscriront dans un projet européen d'élimination des troupeaux suspects, qui prévoit une large participation de l'UE aux coûts (70%). Jusqu'à deux millions de bêtes pourraient ainsi être abattues en Europe, dont 400 000 en Allemagne.

Comment le gouvernement convaincra-t-il les paysans? Méfiants vis-à-vis de la nouvelle ministre écologiste de l'Agriculture, ceux-ci se déclaraient vendredi prêts à en découdre pour obtenir le renoncement au principe de l'abattage total des troupeaux. Des manifestations dans ce sens ont eu lieu hier en Bavière et en Basse-Saxe, mobilisant plusieurs centaines d'éleveurs désespérés. Leur colère pourrait vite s'étendre à tout le pays, au fil de la découverte «quasi quotidienne» de nouveaux cas de vache folle (on en est à douze).

Quant à l'industrie alimentaire allemande, elle renonce désormais à utiliser de la chair récupérée sur les os de tous les animaux (bœuf, porc et volaille) pour fabriquer saucisses et pâtés. La branche a invité le gouvernement à promulguer un décret qui permette de punir les tricheurs. D'ici à l'entrée en vigueur de l'interdiction nationale, l'industrie veut informer les consommateurs. Un étiquetage annoncera les produits contenant ces chairs résiduelles.