Barres chocolatées, charcuteries, bière et «fast-food» associés à un manque de mouvement: un Allemand sur deux est trop gros. La situation serait comparable à celle des Etats-Unis. Le gouvernement a donc décidé de faire maigrir ses compatriotes. Ou tout au moins de les y encourager, en particulier les écoliers. Car un programme trop volontariste serait vite pris comme une atteinte aux libertés individuelles dans un pays sourcilleux pour ce qui touche aux droits constitutionnels.

Bombardés d'émissions scientifiques, les Allemands sont aujourd'hui censés ne plus rien ignorer de l'indice de masse corporelle utilisé pour déterminer l'obésité. Grands reportages dans les magazines, débats à la télévision sur la place des gros dans la société, émissions sur la meilleure manière de se nourrir sainement et interventions au Bundestag, le parlement allemand: depuis quelques semaines le pays est saisi d'une boulimie d'informations sur tout ce qui touche à la nutrition.

Les enfants en première ligne

Depuis qu'une étude de l'International Association for the Study of Obesity (IASO) a montré que 75% des hommes allemands et 58,9% des femmes présentaient un net surpoids. Quinze pour cent chez les adolescents et les jeunes adultes. Ce qui place l'Allemagne en tête des Européens les plus corpulents en moyenne. Même si, légère consolation, c'est en Grèce et en Grande-Bretagne que l'on trouve le plus grand nombre de personnes carrément obèses.

Les maladies engendrées par le surpoids - diabète, problèmes cardiaques chez un quart des adultes - provoquent des coûts annuels estimés entre 13 et 21 milliards de francs. C'est pourquoi le problème, autrefois simple question esthétique, est devenu épidémie du siècle. Mercredi, la ministre allemande de la Santé, Ursula Schmidt, et son collègue de l'Agriculture et de la Consommation, Horst Seehofer, ont donc présenté un plan d'action national adopté par le gouvernement et destiné à réduire de 20%, d'ici à 2020, le nombre de personnes présentant un surpoids.

Principal axe de cette campagne, les enfants. «Nous devons veiller à nouveau dans les écoles à ce que l'enseignement du sport soit aussi important que les mathématiques et l'allemand», a précisé Ursula Schmidt, en ajoutant que les repas à la cantine devraient être mieux équilibrés. Le gouvernement veut aussi faire bouger davantage les Allemands en les incitant à faire au moins 3000 pas par jour. Et il veut surtout parvenir à ce que les entreprises de restauration publique, les avions et les trains offrent plus «d'alternatives saines» aux menus traditionnels. Il interviendra aussi pour introduire au niveau européen, ce qui n'existe pas encore, une information claire et compréhensible sur la teneur en graisse ou en hydrate de carbone des produits alimentaires.

Indignation

Mais le gouvernement allemand marche sur des œufs, si l'on peut dire. Trop en faire pourrait le faire accuser de dirigisme. «Y aura-t-il des inspecteurs dans nos frigos?» s'interrogeait un chroniqueur de la Frankfurter Allgemeine. Déjà la puissante industrie alimentaire se plaint d'être rendue responsables de tous les maux. «Pourquoi devrions-nous être responsables du fait que certains mangent trop? Le gras n'est en soi pas un danger, on en a besoin pour vivre», s'insurge Jürgen Abraham, un producteur de charcuterie qui estime que le problème, c'est une mauvaise éducation des enfants et un style de vie inadapté des adultes.

«Il n'y aura pas d'olympiade des interdits», a voulu rassurer Ursula Schmidt. Pas de points rouges ou orange comme en Grande-Bretagne pour signaler les produits trop riches en calories, pas d'interdiction de publicité mais «un appel à la raison». Du coup, les Verts, qui rêvent de faire interdire des cantines scolaires tous les produits trop gras ou trop sucrés, se plaignent d'un programme sans propositions concrètes. Ils auraient souhaité des règles plus strictes pour les publicités insérées dans les émissions destinées aux jeunes.