Au tournant de l'année, «Le Temps» fouille dans les expressions idiomatiques traduites dans les quatre langues nationales (source: Marine Borel, «D'une pierre 4 coups», Ed. Salvioni). Dans les autres langues: «4 Fliegen mit einer Klappe», «4 Piccioni con una fava», «Ün viadi e 4 servezzans».

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Vous avouerez que la formule manque de bienveillance envers cette partie du corps qui permet de nous mouvoir quotidiennement. Mais bon, la symbolique du «haut» contre le «bas» est tenace. Ainsi, l’expression française emploie l’opposition «tête» versus «pied» pour souligner le manque d’intelligence d’une personne. Notons encore l’existence de tout un panel: bête à manger du foin, bête comme la lune…

Les Grisons sont plus cléments (quoique), ils préfèrent s’attaquer à leurs mets. «Easser tgug sco l’aua da pizocels» en dialecte sutsilvan – «être bête comme l’eau des pizokels» – renvoie à l’utilité unique de l’eau dans lesquels baignent ces petites pâtes typiques, semblables à des spätzli. Cette dernière ne peut être utilisée plusieurs fois car elle contient trop d’amidon après la cuisson. Ce serait donc là un symbole de stupidité. Pourquoi pas?

Un bestiaire

Chez les Tessinois, il est question de bestiaire. «Essere stupidi come una capra» – être stupide comme une chèvre – reste pourtant difficile à interpréter: en effet, l’animal à cornes symbolise surtout le mal dans la tradition chrétienne, jusqu’à être souvent représenté auprès de Satan, mais son association à la bêtise demeure un mystère pour les linguistes. On reste sur notre faim (de loup!)

L’outre-Sarine nous sauvera-t-il? Il intrigue, en tout cas. «Dumm wie Bohnenstroh sein» – bête comme de la paille de haricots – assimile la pauvreté à la bêtise. Clarifions: autrefois, les personnes qui ne pouvaient pas se payer de matelas étaient contraintes de dormir sur une couche dure composée de fèves séchées. Selon les auteurs, on disait initialement que quelqu’un était aussi «grossier que de la paille de haricots» – «grob wie Bohnenstroh» –, puis l’inutilité du matelas a été assimilée à la stupidité. A noter qu’en suisse-allemand, on rapproche aussi la bêtise de la vache, de l’âne, du mouton ou du fumier de chèvre. Pauvres bêtes!