statistique

Le bien-être fédéral cerné par une galaxie de données

A cheval entre le matériel et l’immatériel, un nouveau système d’indicateurs est lancé par l’OFS

Permettez-vous qu’on forge un mot? Le voilà: «bien-étant». Le néologisme paraît indispensable pour accompagner la mise sur pied en Suisse, annoncée lundi par l’Office fédéral de la statistique (OFS), d’un système d’indicateurs appelé «Mesure du bien-être».

Ce n’est pas tout à fait l’évaluation du «bonheur national brut» (BNB), introduite au Bhoutan par le roi Jigme Singye Wangchuck en 1972. «Nous avons renoncé à construire un indice de satisfaction, voire un indice du bonheur», admet le directeur de l’OFS, Georges-Simon Ulrich, dans la publication électronique diffusée à cette occasion*. Il n’empêche que la mesure du bien-être fédéral prend place dans le domaine à la fois des ressources matérielles (revenu, fortune, logement) et des «valeurs immatérielles comme la formation, la santé, les relations sociales et la satisfaction subjective». La Suisse, à défaut d’être déclarée heureuse, se découvre ainsi globalement «bien-étante».

«Très satisfaites de leur vie»

Définissons: le bien-être est réalisé lorsqu’on «dispose de moyens suffisants pour satisfaire ses besoins, organiser sa vie de manière autonome, utiliser et développer ses capacités, et poursuivre ses objectifs». Pour appréhender cet état de manière chiffrée, les données ne sont pas agrégées en un indice de bien-être, mais mises sur la table pour naviguer dans une galaxie de critères.

On se dit ainsi, en parcourant le document, qu’il faudrait demander des augmentations de salaire (car les revenus ont progressé moins fortement que le produit intérieur brut) et que les femmes devraient transférer un certain nombre de corvées ménagères à leurs hommes (car elles en font en moyenne dix heures de plus par semaine). On se réjouit en lisant que «le niveau de formation en Suisse progresse continuellement» et que «les disparités liées au sexe en matière de niveau de formation se sont réduites», au point qu’«on n’observe presque plus de différence entre les sexes parmi les personnes de 25 à 34 ans pour ce qui est de la part des différents titres délivrés». On découvre au passage que «640 millions d’heures sont consacrées chaque année en Suisse au travail bénévole».

Enfin, nous ne sommes pas égaux devant le bien-être. Si trois personnes sur quatre se déclarent «très satisfaites de leur vie», cette satisfaction est influencée par le revenu et par le fait de vivre en famille avec des enfants plutôt que seul. Et si quatre personnes sur cinq «estiment avoir une bonne santé psychique», les hommes jouissent de cette santé davantage que les femmes – et «les personnes ayant un bon niveau de formation et un revenu élevé souffrent moins de détresse psychologique». Il y a de la marge pour devenir «mieux-étants».

* www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/00/11.html

Publicité