La photo, diffusée par l'agence AFP, a fait le tour du monde: mardi 4 janvier, elle est par exemple en première page du Blick. On y voit deux hommes en caleçon de bain, une bière à la main, sur la plage dévastée de Patong, en Thaïlande. «Pervers?» demande en grosses lettres le quotidien de boulevard. Le grand frère allemand Bild en a également fait sa page de titre: «Peut-être plus de 1000 vacanciers allemands tués. Mais il fait toujours bon prendre une bière…» Plusieurs autres journaux suisses ont également publié l'image.

Quatre jours plus tard, le Blick nous apprend que l'un des deux touristes, celui qui tient d'une main son ventre plus que rebondi, est un Bernois. Et que la photo a été prise au téléobjectif par un photographe allemand, qui n'a pas parlé aux deux hommes. Le quotidien montre également une autre image où l'on voit les deux hommes autour de leur linge de bain.

Dès son retour à Berne, le touriste suisse, qui avait découvert son image peu flatteuse en Thaïlande déjà, s'est empressé de s'expliquer. «Cette photo est un complet malentendu», a-t-il déclaré au Blick, photographié cette fois habillé décemment d'un manteau noir. Se rendant régulièrement à Patong où habite son amie, il a lui-même échappé de peu à la vague meurtrière. Et a décidé de prolonger ses vacances pour aider à remettre la plage en état. Avec l'autre homme immortalisé sur la photo, un Britannique, il a passé plusieurs matinées au travail. En costume de bain, car il fallait retirer des objets de l'eau. Et se ménageant quelques pauses, où une bière était la bienvenue. «Plusieurs journalistes présents m'ont demandé ce que je faisais sur cette plage. Mais le photographe ne m'a pas parlé.» Au service de presse de Ringier, on indique que la photo a été mise à disposition par l'AFP. Et qu'elle illustrait exactement un thème actuel, soit «la tension entre la mort et la destruction d'une part, et le plaisir des vacances d'autre part». Le Blick, ce jour-là, avait publié deux avis opposés sur l'opportunité de passer ses vacances dans les régions sinistrées.

Juridiquement, les photos montrant des personnes privées ne peuvent être diffusées qu'avec leur consentement. Dans la pratique, et surtout dans le cas d'un événement fortement médiatisé, agences et journaux partent du principe d'un consentement tacite. Les médias suisses ont de la chance. Le Bernois n'est pas rancunier. «Bien sûr, la photo a l'air vraiment bête. Mais cela ne me pose pas de problème. Parce que je sais que j'ai fait quelque chose de bien.»