Génie multiforme, Bill Gates est aussi une bête de scène et un vendeur hors pair. Et sa longue prestation, mercredi à Las Vegas, lors de l'International Consumer Electronics Show (CES), a mis une fois de plus en évidence la bouillante inventivité des chercheurs de Microsoft, en présentant une large gamme de gadgets et de concepts qui nous feront entrer de plain-pied, Bill Gates n'en doute pas, dans l'ère du «Smart living in the digital decade».

Depuis plusieurs années en effet, le travail des ingénieurs de Microsoft s'incarne dans des produits tout faits, alors même que la firme de Redmont reste exclusivement dévolue au logiciel. Mais à l'ère de l'intégration intensive des objets qui nous aident à gérer notre vie quotidienne et nos loisirs, le logiciel devient le langage commun qui fait communiquer l'ordinateur et la machine à coudre, la télévision, le hometrainer et la montre-bracelet – tout cela sans fil, naturellement, par les technologies Wi-Fi et Bluetooth.

Car c'est une exigence fondamentale du marché à venir: il faudra concilier la mobilité de l'individu et l'accès à l'ensemble des données qu'il veut avoir avec lui, qu'il s'agisse de travail ou de loisirs. Cette mobilité s'applique aussi aux écrans, interfaces incontournables: l'utilisateur doit pouvoir choisir sur quel écran (ordinateur, TV, téléphone, montre…) seront affichées les données qui l'intéressent, voire l'emporter avec lui.

Les «SmartDisplays» incarnent à merveille ce concept de mobilité. Ce sont des écrans tactiles mobiles qui servent aussi bien à travailler qu'à surfer sur la Toile, à regarder la télévision qu'à gérer l'éclairage de l'appartement. L'écran tout seul contient toute la puissance de l'ordinateur, et vous permet de l'utiliser dans n'importe quelle pièce de la maison. Les «Smart Displays» et autres tablettes sont commercialisées par plusieurs marques et, en Suisse du moins, sont en rupture de stock permanente.

Parmi les nombreux produits présentés par Microsoft à Las Vegas, «Media2Go» apparaît comme un gadget fédérateur pour les différents médias de loisirs, un super-baladeur à emporter dans une grosse poche. Il est capable de lire des vidéos dans différents formats, de la musique et des photos. Sa capacité de stockage est énorme: 175 heures de vidéo numérique, 8000 morceaux de musique ou 30 000 images. Il sera commercialisé en automne 2003.

Mais le clou de la présentation de Bill Gates au CES 2003, ce sont les premières applications du concept SPOT (Smart Personal Object Technology). La philosophie sous-jacente consiste à s'entourer de gadgets intelligents et bon marché, qui affichent spontanément et en temps réel l'information disponible dans un domaine particulier. Par exemple, on commercialisera cette année des petits aimants à coller partout, sur le frigo ou dans la voiture, qui renseigneront sur l'état du trafic, la météo ou les «actions» du supermarché voisin. Il existe aussi une machine à coudre Bernina contenant 6000 motifs de couture, et elle peut en télécharger de nouveaux.

Le produit phare des gadgets smart de l'automne (en Amérique du Nord), ce sera la montre intelligente. Fabriquées par Fossil, Citizen et Suunto, ces montrent intègrent une puce et un récepteur radio. Celui qui les porte les programme sur son PC en sélectionnant les canaux qui l'intéressent (cours de la Bourse, météo, sport, info routes, etc.). Dès lors, sa montre se met à l'heure spontanément lors d'un changement de fuseau horaire, et collecte les données locales pour les canaux choisis.

Pour connecter ces montres en permanence, Microsoft et les horlogers ont choisi un réseau nommé Direct Band, une sous-porteuse du réseau FM. La montre scanne en permanence les ondes FM disponibles, détecte l'émetteur de données qui lui est destiné, et récolte les informations disponibles dans les domaines sélectionnés. «C'est une très bonne exploitation de la technologie, explique Bill Gates, parce que l'infrastructure FM est déjà en place.»

Chez Swatch Group, qui n'est pas partenaire de Microsoft dans l'«Initiative SPOT», on estime que ces nouveaux produits «montrent que Swatch Group est sur le bon chemin en matière de montres interactives». Et la direction de commenter: «Cela fait plaisir de voir que d'autres s'engagent dans la même technologie…»

Bill Gates ne serait-il qu'un suiveur?