Sur tsr.ch, neuf journalistes de la Télévision suisse romande signent des «billets», dont il est indiqué qu'ils sont «un regard personnel et subjectif» et n'engagent «que la responsabilité de leur auteur». Une ligne éditoriale que dénonce François Landgraf, ancien haut fonctionnaire fédéral et ancien responsable des finances et du «controlling» à SRG-SSR idée suisse (LT du 5.2.2004). C'est l'un des récents billets, «Un homme ou infâme?» signé par Martina Chyba, qui a provoqué l'ire de celui qui fut en son temps rédacteur en chef de la Gazette de Lausanne et chroniqueur politique à la TSR.

«Dernière des poulettes»

La coproductrice de Mise au Point s'adresse à ses «bien chères sœurs du féminisme historique et hystérique», notant que «nos légitimes aspirations clitocratiques ont du plomb dans l'elle». Elle liste les «innommables vocables botaniques servant habituellement à désigner la gent féminine ou certains endroits qui la caractérisent plus particulièrement (plante, fleur, gazon, pelouse, touffe, brouter)…». Quant à Ruth Metzler «(con) formée à la très virile école des consultants», elle «a été emballée, troussée, jetée et bientôt détroussée comme la dernière des poulettes…»

«Ces billets, comme tout le site tsr.ch, font partie des programmes de la TSR, assène François Landgraf. Les journalistes, qui incarnent le service public à l'antenne, ne peuvent pas s'y exprimer comme ils le veulent. Il en va de leur crédibilité et donc de celle de la TSR, et de sa mission de service public.»

Exercice de style

Surpris d'être interpellé sur ce sujet, Bernard Rappaz, patron de tsr.ch, précise d'emblée que la mise en garde «n'exonère pas la TSR de ses responsabilités quant au contenu du site. Elle sert seulement à dissocier les auteurs des billets de leur émission. C'est le billet de tel ou tel journaliste, pas du présentateur de telle ou telle émission.» Il rappelle qu'il s'agit d'un «exercice de style, plus caustique ou impertinent que d'autres, mais présenté comme tel». Il estime enfin «qu'on ne peut pas réduire les journalistes de la TSR à leur seule fonction de «porteurs d'image».»

Quant au contenu des écrits – «tous relus» – Bernard Rappaz rappelle «qu'en deux ans d'existence, ni tsr.ch ni leurs auteurs n'ont reçu la moindre réaction. Ces billets, ajoute-t-il, s'inscrivent dans le contexte d'Internet, dont le public est plus jeune, et plus habitué à une certaine liberté de ton.» Il cite à titre de comparaison les SMS diffusés dans certaines émissions comme Garage.

«Le billet incriminé ne reflète pas le ton de l'ensemble et c'est peut-être même le plus provocant de tous», admet-t-il. S'il reconnaît qu'il peut être ressenti comme «gênant par certains», il juge qu'il ne l'est pas forcément moins qu'un récent sujet de Classe Eco consacré à la vente à domicile de godemichés.