Comme le climat, la biodiversité aura bientôt son réseau d'experts internationaux, pour évaluer la disparition des espèces animales et végétales. La mise sur pied d'un groupe de scientifiques comparable à celui qui a obtenu le Prix Nobel de la paix 2007 pour ses études sur le climat, le Giec, est l'un des principaux résultats de la conférence des pays membres de la Convention de l'ONU sur la biodiversité, qui s'est achevée vendredi à Bonn. Une conférence ministérielle devrait finaliser cette décision en automne.

Si les ministres de l'environnement ont qualifié de «vrais succès» cette conférence qui réunissait quelque 4000 délégués de 191 pays, les organisations écologistes se sont montrées plutôt déçues devant le peu de décisions concrètes. Lors du Sommet mondial pour le Développement durable à Johannesburg en 2002, les chefs d'Etats et de gouvernement avaient pourtant décidé de prendre des mesures pour «réduire de manière significative le taux d'extinction d'espèces jusqu'en 2010». Or, estime le WWF, la conférence de Bonn ne permettra pas d'atteindre cet objectif, alors qu'il faudrait des objectifs clairs avec un calendrier défini et un programme financier.

Car chaque jour disparaissent quelque 150 des 1,7 million d'espèces animales et végétales de la planète. Un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un tiers des amphibiens et 70% des plantes sont menacés, selon la «liste rouge» de l'Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN).

Chaque minute, ce sont 20 hectares de forêt qui s'évanouissent de la surface du globe. Pour les ONG, il est déjà trop tard pour revenir en arrière, mais on peut freiner cette évolution. Car si rien n'est fait, 11% des espaces naturels restant encore en 2000 pourraient avoir disparu d'ici 2050, ainsi que 60% des récifs de coraux et 40% des terres actuellement cultivées de manière traditionnelle.

Une disparition qui a un coût, évalué entre 1350 et 3100 milliards d'euros par an, soit plus de 6% du produit national brut (PNB) mondial, selon une étude lancée par l'Union européenne et le ministère allemand de l'environnement, qui a essayé de donner une valeur monétaire à des facteurs tels que l'eau, la protection contre les inondations, les médecines naturelles, les puits de carbone que constituent les forêts, les abeilles et insectes pollinisateurs, etc.

La prise de conscience des Etats face au réchauffement climatique commence toutefois à faire bouger les fronts, même si la conférence de Bonn en est restée à l'établissement de programmes de travail.

C'est ainsi que l'un des autres résultats importants est la feuille de route adoptée pour achever de rédiger, avant la prochaine conférence de Nagoya, au Japon, en 2010, un ensemble de règles contraignantes pour l'accès aux ressources génétiques et le partage des bénéfices générés par leur utilisation. Depuis le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, en 1992, les pays industrialisés et les pays en développement du groupe des 77 ne parvenaient pas à se mettre d'accord sur cette répartition. Il s'agit d'offrir des compensations financières justes aux pays victimes de «biopiraterie» de la part des grandes industries. Il y a eu là un déblocage salué même par le WWF, qui trouve plus positif encore l'établissement de critères clairs pour la mise à ban de zones de protection en haute mer.

Le ministre allemand de l'Environnement, Sigmar Gabriel, s'est également réjoui qu'un programme de travail ait pu être mis sur pied pour évaluer l'impact de chaque type de biocarburant sur la biodiversité et l'environnement.

Les milieux écologistes ont surtout salué les initiatives isolées de quelques pays, l'Allemagne en tête, mais aussi le Brésil et la République démocratique du Congo, pour la sauvegarde des forêts pluviales. La chancelière Angela Merkel a ainsi promis que l'Allemagne consacrerait 500 millions d'euros à la protection des forêts vierges entre 2009 et 2012, puis un demi-milliard par an à partir de 2013. L'argent proviendra des droits d'émission de CO2 dont les industries doivent s'acquitter.

Si la Commission européenne doit présenter cet automne un projet de réglementation pour empêcher les importations illégales de bois, le geste de l'Allemagne n'a jusqu'à présent été suivi que par la Norvège. Une trentaine de pays émergents ont ainsi proposé la mise sous protection de plus de 65 millions d'hectares de forêt, dans le cadre de la proposition allemande. Mais les grands Etats industrialisés se sont pour l'instant abstenus d'annoncer des contributions.