Il titube, ce flou fêtard, ce monsieur hésitant. Dans une ruelle romande, en ces jours de chaleurs orageuses, il semble avoir forcé durant l’apéro. A moins qu’il ne traîne de la patte pour une raison médicale, ce qui l’exonérerait de l’accusation d’avoir trop troublé sa soirée? Un fait est certain, il va tout de bizingue.

On trouve l’expression sur une amusante partie du site de TV5Monde, qui recense quelques expressions typiques du français de pays africains, de Belgique, de France, du Québec ou de Suisse. Dans ce cas, «aller de bizingue» est répertorié dans les locutions romandes. Mais il a son étendue territoriale: le terme helvétique francophone serait «une forme apocopée» du «bisengois» observé dans le Haut-Doubs. L’apocope, autre joli mot même si l’on change alors de registre, désigne le raccourcissement d’un mot par la suppression de un ou plusieurs sons, ou phonèmes. «Bizingue» gagne en effet une syllabe par rapport à «bisengois». Mais on cite encore «bisangoin», pour «de guingois», repéré dans l’Ain: décidément, notre démarche de traviole émane d’une large zone. Elle zigzague aussi entre les frontières. Un mot supra-régional, un vocable Interreg. Notre soiffard se révèle être un Européen, et les étoiles qui dansent dans sa tête sont jaunes sur fond bleu. Il faudra y songer, à ce bond passe-douanes, la nuit du 1er août, lorsque l’on croisera dans notre rue cet improbable nationaliste allumé par quelques feux d’artifices intérieurs, allant de bizingue.

Chaque jour de l’été, Le Temps déguste un mot de la langue française. Et, chaque vendredi,

une locution en schwyzerdütsch.