Identité 

Black History Month: célébrer la conscience noire

Le mois dédié à l’histoire africaine-américaine et à la diaspora africaine débute ce vendredi aux Etats-Unis. Entre conférences, expositions et projections organisées, retour sur les origines de cette commémoration

C’est au lendemain de la cérémonie des 25es Screen Actors Guild (SAG) Awards, le 28 janvier dernier, qui a récompensé l’ensemble des acteurs du film Black Panthers, que Disney et AMC ont annoncé l’heureuse nouvelle. Le premier blockbuster mettant à l’honneur un super-héros noir pourra être visionné gratuitement sur grands écrans aux Etats-Unis la première semaine de février.

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Un geste qui ne doit rien au hasard puisque la démarche s’inscrit en réalité au cœur des festivités du Black History Month. Une initiative accompagnée d’une généreuse donation de 1,5 million de dollars du géant américain pour le United Negro College Fund (UNCF), organisation philanthropique qui lève des fonds pour les frais de scolarité des étudiants noirs.

L’apologie du patrimoine et de l’histoire africaine-américaine

Célébré officiellement depuis 1976 aux Etats-Unis, le Black History Month tire ses racines du constat avancé par Carter Godwin Woodson de la sous-représentation des Noirs dans les manuels d’histoire. Né en 1875, cet enfant d’anciens esclaves, diplômé d’un doctorat en histoire de l’Université Harvard, n’a jamais pu y enseigner puisque l’université d’élite n’embauchait pas de professeurs noirs. Il fonde alors en 1915 l’Association pour l’étude de la vie et de l’histoire des Africains-Américains.

Lui qui appelait de ses vœux un véritable enseignement de la culture africaine-américaine finira par obtenir gain de cause en 1926 en créant la Negro History Week. Une manifestation pour la vulgarisation de l’histoire africaine-américaine dans les écoles publiques le temps d’une semaine. Woodson choisit symboliquement de célébrer l’événement la deuxième semaine de février, mois d’anniversaire de l’abolitionniste et ancien esclave Frederick Douglass ainsi que d’Abraham Lincoln. Carter G. Woodson pose ainsi les jalons de ce qui allait devenir un demi-siècle plus tard le Black History Month.

L’exportation du concept outre-Atlantique

«Il est très important de conserver ces moments de conscience noire, sinon cette question ne revient jamais sur le devant de la scène», explique Aline Helg, historienne et professeure à l’Université du Genève. Si ce mois de célébration germe en premier lieu au pays de l’Oncle Sam, les festivités s’exportent rapidement dans le reste du monde. Le Royaume-Uni établit le Black History Month en 1987, et l’honore au mois d’octobre. Au Québec, une loi du 1er février 2007 reconnaît février comme le mois de l’histoire des Noirs, afin de souligner la contribution historique des communautés noires à la société québécoise.

En France, l’hommage à la diaspora africaine émerge également. La ville de Bordeaux, notamment, organise depuis 2018 son Black History Month. Idem à Paris, où, sous l’impulsion de certaines figures de l’antiracisme et de la défense de la culture africaine, des événements liés à cette commémoration ont lieu. Cette année, l’impact social des chansons de Michael Jackson sera notamment débattu. Des rassemblements parfois perçus comme communautaires et signe d’un repli identitaire par une partie de l’opinion.

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«Je me méfie parfois de l’exportation de ces mouvements, notamment en France où surgissent souvent les relents du colonialisme», souligne l’historienne genevoise. Si pour l’heure aucun événement du genre ne semble avoir été recensé en Suisse, l’enseignante évoque toutefois une relative ouverture des Helvètes sur ces questions. «La Suisse n’est pas entachée par ce passé colonial qui traite différemment le droit à une reconnaissance affirmée», soutient-elle.

Une indispensable politisation?

Aline Helg a longuement étudié la question des minorités. Elle qui a vécu pendant plus de dix-huit ans aux Etats-Unis insiste sur l’importance de s’emparer politiquement de ces problématiques raciales. «De plus en plus de femmes noires montent au créneau, notamment en politique. On retrouve des élus africaines-américaines dans plusieurs Etats. Derrière la montée de ces candidates, il y a un discours extrêmement fort», poursuit-elle. Les «midterms» en novembre dernier ont en effet propulsé au Congrès un nombre record de femmes issues de minorités.

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Parmi elles, Ayanna Pressley, première femme noire élue pour l’Etat du Massachusetts, Ilhan Omar, du Minnesota, et Rashida Tlaib, du Michigan, premières femmes musulmanes au Congrès, ou encore Alexandria Ocasio-Cortez. Une avancée majeure et remarquée dans le contexte délicat de l’administration Trump.

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