Depuis trois semaines, les Espagnols regardent le ciel avec inquiétude. Lorsque le premier bloc de glace s'est écrasé près de Saragosse, ils ont d'abord cru à un phénomène unique – ou à un canular. Depuis, 40 autres glaçons ont été signalées, certains atteignant, aux dires des témoins, les 10 kilos. Le week-end dernier un aérolite a été signalé à Padoue. Vendredi le même phénomène se serait produit au Tessin. Le Conseil supérieur espagnol d'investigations scientifiques estime que la plupart de ces ovnis gelés sont des canulars. Pour les autres, il suppose qu'il s'agit d'un phénomène météorologique très rare qui se produit dans la haute atmosphère. Interview de Jorg Joss, spécialiste des processus physiques des nuages, à l'Institut météorologique suisse de Locarno Monti.

Le Temps: Ces glaçons sont-ils d'origine météorologique?

Jorg Joss: Je ne pense pas. Les conditions météo d'un tel phénomène dans la haute atmosphère ne sont pas réunies en hiver. Par contre, en été cela devient possible: l'air est bien plus humide et aussi parce que les courants aériens sont suffisamment forts pour provoquer la création d'un bloc qui pourrait ensuite se détacher et tomber. En hiver la vitesse des hauts courants ne dépasse pas les 50 mètres/seconde. C'est insuffisant. Même en été, c'est très rare.

– Alors?

– Ces blocs sont certainement issus de la condensation qui affecte les avions. Ils auraient fini par se détacher du fuselage. J'en prends pour preuve une enquête, en 1965 quand un cas similaire s'était produit. L'analyse avait démontré que le bloc d'un kilo s'était bel et bien détaché d'un avion.

– Ce qui n'explique pas qu'une quarantaine de blocs soient tombés…

– Pour moi, les médias font monter cette sorte d'euphorie qui gagne les gens. Ici, à Locarno, des gens ont posé un bloc de glace dans le jardin d'un voisin juste pour lui faire une surprise et pour voir ce qui allait se passer…