Ventre noué. Fatigue. Ennui. Anxiété. Un sentiment d’inconfort qui augmente au fil des heures. Tels sont quelques-uns des signes révélateurs du syndrome du dimanche soir. Un trouble associé à la fin du week-end ou des vacances qui concernerait 50% de personnes en France, en Italie ou en Espagne, 70% aux Etats-Unis et 30% dans les pays Nordiques selon le psychiatre français Florian Ferreri. Basé à l’Hôpital Saint-Antoine de Paris, ce spécialiste de la dépression publie cet automne Vaincre le blues du dimanche soir aux éditions Hachette Pratique avec l’enseignant Gautier Bouchaud. Des symptômes aux traitements, l’ouvrage donne des pistes pour mieux comprendre et gérer ce mal-être.

Le Temps: Quels sont les symptômes de ce mal-être?

Florian Ferreri: Il s’agit d’une baisse du moral, de la motivation à faire des choses, d'un sentiment d’oppression, d’inconfort ou d’anxiété qui survient le dimanche après-midi ou soir. Des manifestations physiques – de type fatigue, trouble digestif ou palpitations cardiaques – sont fréquentes. C’est un état qui coupe les ailes: on est insatisfait du moment présent et on manque d’énergie pour démarrer une nouvelle activité réjouissante.

Qui sont les plus touchés?

Les enfants et les adolescents. Ils vivent dans un rythme imposé par les adultes. Lorsque la parenthèse enchantée du week-end prend fin, ils ont la nostalgie de la forme de liberté ou de détente qui a été vécue. On voit aussi une récurrence chez les adultes qui ont une personnalité de type méticuleuse, obsessionnelle ou anxieuse, qui veulent avoir une maîtrise de leur environnement.

Qu’en est-il des retraités pour qui c’est tous les jours dimanche?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cela les concerne aussi. Ce jour est différent des autres: la société impose un ralentissement, les commerces et certains lieux de loisirs étant fermés, les rues vidées. Cela crée une brèche dans la routine des retraités. De plus, après un déjeuner ou un après-midi familial, ils peuvent ressentir la nostalgie du moment partagé. Parfois, le dimanche soir devient le dernier moment pour les corvées peu réjouissantes, comme faire ses devoirs, payer ses factures ou faire des tâches ménagères.

Ce n’est donc pas nécessairement lié au fait de retourner travailler ou étudier?

Les causes sont multiples. Le retour au travail ou à l’école crée le malaise dans certains cas. Certaines personnes appréhendent dès le dimanche après-midi les tâches – une réunion, une rencontre ou un dossier – qui les attendent lundi matin. D’autres ont du mal à faire le «deuil» d’une forme d’oisiveté du week-end, même si elles sont épanouies dans leur vie professionnelle. Parfois, il s’agit d’une mauvaise organisation et le dimanche soir devient le dernier moment pour les corvées peu réjouissantes, comme faire ses devoirs, payer ses factures ou faire des tâches ménagères. Le changement de rythme du dimanche – horaire de lever, habitudes alimentaires – peut avoir un impact sur le plan physique et psychologique. Ceux qui tardent à se lever ou à démarrer la journée se retrouvent par exemple face au fait qu’il leur reste beaucoup de temps pour s’ennuyer mais plus assez pour faire quelque chose.

Cet état est-il propre à l’époque actuelle ou a-t-il toujours existé?

Nos sociétés génèrent en elles-mêmes des soucis ou des frustrations supplémentaires, comme le fait d’avoir du mal à se déconnecter de la vie professionnelle pendant le week-end. On suit l’actualité par le biais des e-mails ou des canaux internes, alors qu’auparavant on découvrait le lundi matin les problèmes éventuels à gérer. De plus, les réseaux sociaux nous poussent à nous comparer constamment aux autres, ce qui peut constituer un facteur démoralisant. Je pense aussi que nous avons un peu perdu le plaisir de l’oisiveté en faveur d’une injonction au bonheur. L’intolérance à l’ennui devient plus présente. Les gens sont également plus attentifs aux tensions et à leurs difficultés quotidiennes. Ils verbalisent donc plus leurs malaises intérieurs, dont «le blues du dimanche soir».

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Faut-il remplir les dimanches d’activités?

Pas forcément. On peut se laisser du vide, du temps pour soi, pour la réflexion, voire passer la journée à visionner une série, pour autant qu’on ne culpabilise pas!

Comment vaincre cette déprime hebdomadaire?

Il faut d’abord comprendre pourquoi on la vit. Si elle est causée par le changement de rythme qui déphase, on peut tenter de maintenir les horaires de la semaine ou du moins ne pas dépasser deux heures par rapport à l’heure habituelle de réveil. S’il s’agit d’un problème organisationnel, mieux vaut répartir les tâches contraignantes tout au long de la semaine. En famille, cela signifie par exemple consacrer la fin du dimanche à un jeu de société ou une sortie plutôt qu’aux devoirs. Pour tout ce qui est relatif à l’anxiété, au stress ou aux pensées négatives associés à l’anticipation des enjeux de la semaine, plusieurs techniques de relaxation, comme le yoga ou la méditation, ont fait leurs preuves. Le but est de prendre conscience qu’on va survivre au lundi, comme chaque semaine!

Florian Ferreri et Gautier Bouchaud, «Vaincre le blues du dimanche soir», Hachette pratique.

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