Entre 10% et 20% du bois commercialisé dans le monde vient de zones de conflit, selon Jürgen Blaser. L'exemple du Liberia est parlant, comme le montre un rapport d'experts, remis au Conseil de sécurité de l'ONU le 26 octobre 2001, sur les liens entre commerce de bois et d'armes dans le pays. Les cinq experts se sont particulièrement intéressés au cas de Leonid Minin, arrêté le 5 août 2000 à Monza et inculpé en juin 2001 pour trafic illégal d'armes. Ce citoyen israélien, Ukrainien d'origine, est emprisonné en Italie depuis.

L'ONU a confirmé et renforcé l'année dernière par la résolution 1343 un embargo sur le commerce d'armes avec le Liberia imposé en novembre 1992. Le rapport montre comment Leonid Minin a violé cette mesure en mars 1999 et juillet 2000. Actionnaire de l'Exotic Tropical and Timber Entreprises au Liberia, Minin était partie prenante de Limad, une société basée à Zoug par laquelle il a approché Erkki Tammivuori, conseiller industriel finlandais basé à Lausanne et également cité dans le rapport. Erkki Tammivuori dit s'être rendu au Liberia quelques fois avec Minin dans le cadre d'un commerce d'équipements de sécurité non guerriers. Les experts mentionnent une lettre portant l'en-tête d'une société turque, MET A.S., mais ayant été envoyée en mars 1999 à Minin via le fax lausannois du conseiller. Son contenu parle ouvertement d'armes. Contacté par Le Temps, Erkki Tammivuori tient à préciser que la relation d'affaires qui l'a lié à Minin a duré deux mois et n'a jamais abouti. Elle avait, selon lui, des buts strictement industriels, notamment l'installation d'une scierie. Entendu par les experts, il certifie leur avoir fourni toutes les pièces nécessaires pour prouver ses dires.

Interholco, une agence internationale basée à Baar, dans le canton de Zoug, et appartenant au groupe allemand Danzer, a travaillé au Liberia notamment avec Oriental Timber Company (OTC), une entreprise dirigée par le Hollandais Gus Kouwenhowen, un proche du président Charles Taylor décrit par le rapport d'experts comme «responsable de l'aspect logistique de bien des trafics d'armes» au Liberia. Interholco nous a fait savoir qu'avertie par l'ONG Global Witness sur ce point, elle avait décidé en octobre dernier de ne plus acheter de bois venant de chez OTC. Timber international, société bâloise, dit avoir interrompu pour sa part tout commerce avec le Liberia depuis mars dernier jusqu'à ce que la situation s'améliore. «Nous en avions assez d'être attaqués pour un pays qui ne représente que 2% de notre activité», explique Willy Schnyder.