Brève mise à jour technologique en préambule de cet article. Savez-vous ce qu’est un bot? Il s’agit d’un programme informatique utilisé lors de tâches répétitives pour suppléer l’homme, afin d’assurer la maintenance d’un site web ou d’en contrôler le bon fonctionnement. Souvent invisibles pour les yeux humains, les bots sont omniprésents sur nos réseaux. Le plus connu d’entre eux, GoogleBot, parcourt le web pour l’indexer; sur Wikipédia, SaleBot traque impitoyablement le vandalisme dans les notices de l’encyclopédie collaborative; sans parler du spam qui encombre nos messageries et dont sont responsables ces robots.

C’est à la lisière de cet écosystème numérique qu’est née l’une des communautés les plus créatives et singulières du web: les «botmakers». Des centaines de passionnés - artistes, activistes, développeurs, simples curieux - donnent vie, via quelques lignes de code, à une étrange ménagerie de robots immatériels, souvent facétieux, capables d’écrire de la poésie, de faire des blagues, ou d’interagir avec les internautes. Twitter, réseau social ouvert à la programmation, est devenu leur terreau d’expérimentation privilégié. 

Poésie, humour, non-sens

Dans la galaxie des bots, certains brillent par leur originalité : MoMArobot (son pseudonyme sur Twitter) partage de manière aléatoire les œuvres d’art des collections en ligne du musée new-yorkais. Mothgenerator invente des fausses espèces de papillons. 

D’autres bots sont délicieusement grinçants: Thinkpiecebot parodie les sujets d’articles consacrés à la génération Y; TheseFutures s’essaie à la futurologie en combinant de manière surréaliste les prédictions de savants avec les tweets spéculatifs des internautes; Likeuberbut est un générateur de mauvaises idées pour startups. TheNiceBot est un bot gentil, tout simplement.

Les bots littéraires sont souvent les plus efficaces, d’autant que la mécanique créative de la littérature assistée par ordinateur est éprouvée: en 1845, l’Eureka Machine composait de manière automatisée des hexamètres latins. Le bot TwoHeadlines combine deux titres piochées dans la presse, pour un résultat souvent jubilatoire. MagicRealisBot veut réenchanter Twitter façon Borges; Acrostik Hunter traque les acrostiches.

Microsoft contre Olivia

Et puis il y a Olivia Taters. Cette adolescente née en 2013 est l’un des bots les plus attachants. Olivia interagit sur Twitter, usant d’un langage «jeune», généré automatiquement, livrant ses points de vue impertinents sur le monde: l’expérience est troublante.

Ironie de l’histoire: en mars dernier, Microsoft lançait son propre bot Tay, sorte de petite sœur d’Olivia, beaucoup plus complexe techniquement mais beaucoup moins bien élevée. Dotée d’une véritable intelligence artificielle, sensée apprendre de son dialogue avec les internautes, Tay était devenue en l’espace d’une journée raciste, sexiste et complotiste.

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Petits bots, grandes responsabilités

Microsoft l’a appris à ses dépens: créer un bot n’a rien d’anodin. A travers leurs bricolages numériques, les botmakers soulèvent à leur échelle des questionnement moraux sur la cohabitation homme-machine. Quel pouvoir accorder à un bot? Comment le distinguer d’un humain? Qu’arrive-il si son créateur meurt? Qui en est responsable légalement?

Darius Kazemi est un botmaker chevronné, qui voit chacune de ses créations comme une «subversion minuscule». En 2012, cet Américain donne vie à «Random Shopper». Ce bot est programmé pour dépenser aléatoirement chaque mois 50 dollars sur Amazon et faire livrer ses achats au domicile de son créateur. Guidé par le pur hasard, le bot est un pied de nez à l’algorithme de recommandation d’Amazon, censé guider nos achats. «J’aime l’idée d’introduire sur ce site un consommateur qui ne se conforme pas aux modèles statistiques», analyse Darius Kazemi.

L’histoire ne s’arrête pas là. En 2014, un collectif d’artistes suisses créé une version de «Random Shopper» plus radicale: le bot fait désormais ses emplettes sur les sites moins recommandables du Darknet, le web caché. Arriva ce qu’il devait arriver: une livraison de dix pilules d’extasy. La police de Saint-Gall saisit le colis. Qui est coupable? L’homme ou la machine? Incarcéré un temps (au travers de l’ordinateur qui l’hébergeait), le bot sera finalement libéré au printemps dernier