La bouteille de sauce soja perd son designer

Objet Kenji Ekuan est décédé à Tokyo. En 1961, il a imaginé le look du flacon Kikkoman, qui n’a pas bougé depuis

Elle possède une sorte de grâce zen. Un galbe doux et tranquille reconnaissable entre mille avec son petit chapeau rouge vif qui lui sert de bec verseur. Créée en 1961, la bouteille de sauce soja Kikkoman porte le deuil. Kenji Ekuan, son inventeur, est décédé samedi à Tokyo à l’âge de 85 ans des suites d’une insuffisance cardiaque.

Designer peu connu, mais auteur de quelques grosses machines – le Japon lui doit son Komachi, train à grande vitesse qui relie la capitale japonaise au nord du pays, des éoliennes, des jet-skis et le modèle VMax du fabricant Yamaha –, il tient donc sa célébrité discrète de ce fameux flacon vendu à plus de 300 millions d’exemplaires à travers le monde. Ce qui fait entrer Kenji Ekuan dans cette catégorie rare de designers dont les objets sont capables de résister à la mode et au temps.

Né en 1929 à Hiroshima, il embrasse la religion en 1945 suite à la mort de son père et de sa sœur, victimes des radiations du bombardement atomique américain. Brièvement moine bouddhiste, il quitte le temple pour apprendre le design industriel à l’Université nationale des beaux-arts et de la musique de Tokyo. Diplômé en 1950, il ouvre GK Design deux ans plus tard, son bureau qu’il dirigea jusqu’à sa disparition.

Au début des années 60, l’entreprise Kikkoman fait appel à lui. La firme, qui produit de la sauce soja, cherche à développer un nouveau contenant pour son contenu star.

Principe de la théière et sérénité

Trois ans de recherche seront nécessaires, notamment pour trouver le système du goutte-à-goutte qui reprend le principe de la théière, mais en l’inversant.

Après une centaine de prototypes, Kenji Ekuan produit cette bouteille dont le look ne bougera plus pendant cinquante ans.

«Sa forme est si douce», racontait le designer au New York Times en 2012. «Pour moi elle exprime le Japon authentique. Alors oui bien sûr pendant la guerre nous avons été forcés d’agir différemment. Mais pendant 1000 ans, l’histoire de mon peuple a été empreint de sérénité.»