L'histoire de la ville se raconte tout au long de milliers d'arcades. Le soleil de février réchauffe un peu l'atmosphère. Dégradés d'ocres, d'orange et de jaunes légendaires. Inimitable bourdonnement des scooters.

En longeant la via Garibaldi, on arrive à la place des Tribunaux et le regard est tout de suite attiré par une imposante bâtisse du XVIe siècle, dont le frontispice est orné de deux énormes anges de pierre qui encadrent l'inscription «Palazzo di Justizia». De l'autre côté de la place, un autre édifice porte la mention «Tribunale». Le bâtiment est plus récent, mais il doit tout de même avoir 200 ans.

L'accès du «Palazzo di Justizia», gardé par des policiers en armes, est fermé par de lourdes grilles rouillées. C'est, semble-t-il, le siège des cours d'appel, dont les délibérations ne sont pas publiques. En revanche, il «Tribunale», où se déroulent les audiences de 1re instance, est lui accessible au public.

Le sas de sécurité n'est pas en service et on accède sans difficulté dans un hall d'entrée garni de trois automates à boissons. Les couloirs fourmillent d'hommes et de femmes qui paraissent très affairés et dont le flot nous guide jusqu'à la salle d'audience.

Cinq longues rangées de tables en contreplaqué auxquelles les avocats prennent place pour une longue attente, avec leur dossier, leur téléphone portable et leur journal: les causes sont toutes appelées en même temps, mais il faut ensuite attendre son tour. A chaque place, un téléphone relié à un écran TV destiné à interroger les témoins repentis dont le lieu de résidence est tenu secret.

Rien ne distingue le procureur des avocats. C'est, m'explique-t-on, une victoire des militants des droits de la défense: l'accusation et la défense ont les mêmes droits dans la procédure et le Ministère public ne doit pas avoir une place privilégiée. Le procureur est donc assis aux côtés des avocats et porte la même robe, ornée des mêmes passementeries.

Les juges leur font face. L'inscription en lettres d'or «la legge è eguale per tutti» se détache du pupitre de la présidente et un immense crucifix est accroché au mur, juste au-dessus de sa tête. Et puis, sur le côté de la salle, une gigantesque cage en fer. Derrière le maillage serré, qui rappelle les années de plomb, rien d'autre qu'une chaise en bois sur laquelle un homme est assis.

Tout au long de la matinée, la mise en scène est la même, les juges introduisent la cause qui doit être jugée, rappellent les faits, interrogent les éventuels témoins et entendent les avocats, le procureur et les accusés, s'ils sont présents. Ils se retirent ensuite pour délibérer, avant de revenir lire leur sentence. La salle, dans un mouvement unanime, se lève pour entendre le verdict, puis se rassied. Ceux dont la cause vient d'être jugée s'en vont. Les autres restent.

L'homme en cage assiste, impassible, à ce va-et-vient incessant. Il attend son tour d'être jugé.

* Antonella Cereghetti est avocate. Durant les fêtes, sa chronique livre des extraits du carnet de route qu'elle a rédigé au fil de ses voyages dans le monde judiciaire.