Pyschologie

Ma bulle, mon espace vital, concept élastique

Se faire coller dans une file d’attente, discuter avec un ami qui vous parle à deux centimètres du nez… Quelle est donc cette limite invisible qui n’est pas toujours respectée?

Noël, c’est le sapin, les cadeaux, la magie des petites lumières qui scintillent, et les décos parfois douteuses. C’est aussi les longues files d’attentes collés-serrés dans les magasins, et les personnes avinées le soir du réveillon, pour qui l’expression «lâcher la grappe» est un concept inexistant.

La période est donc propice à l’observation de quelque chose que nous possédons tous: un espace vital. En effet, dans les boutiques, boîtes de nuit et autres cocktails de fin d’année se promènent des individus qui ne manqueront pas l’occasion de vous approcher de trop près. En d’autres termes, de pénétrer votre espace vital sans réaliser l’agression que cela provoque.

Et difficile de dire «Bouge de là!» (comme le rappait gaiement MC Solaar dans les années 1990). On essaiera plutôt de trouver une parade. On se déplace, en priant pour que l’importun réalise son attitude embarrassante.

«Quand ça m’arrive, par exemple dans une file d’attente, j’essaie d’exagérer jusqu’à ce que ça gêne l’autre. Si une personne me colle trop par derrière, je recule. Ça marche parfois, mais souvent les gens ne se rendent pas compte», raconte Simon *, sensible à cette problématique. «Certaines personnes me pètent ma bulle! Et cela peut devenir obsédant. Cela provoque une gêne, comme quand il y a un bruit désagréable. Il y a un côté agressant.» Ce qu’il nomme sa bulle, c’est ce qui correspond à sa distance de confort. «Je l’évalue à 50 centimètres…»

Question de contexte

L’estimation scientifique serait plutôt d’une moyenne d’un mètre. Une distance qui varierait selon les gens et le contexte dans lequel ils se trouvent. «Lorsque vous êtes dans les transports en commun, serrés comme des sardines, vous savez que votre espace vital est fichu, souligne Nicolas Belleux, psychiatre et psychothérapeute. Et quand vous êtes malade, que vous n’avez envie de voir personne, ce champ s’agrandit. Nous augmentons notre protection, un peu comme quand il fait froid et que l’on ajoute des couches d’habits.» En revanche, sous la couette avec notre partenaire, les espaces vitaux sont tout à coup entièrement d’accord de recevoir de la visite.

Cette distance que l’on s’impose inconsciemment est appelée espace vital par les psychologues et les scientifiques, ou espace péripersonnel. Côté médecines alternatives, anthroposophie ou ésotérisme, on parle d’aura. De nombreuses études ont été faites à ce sujet, et, si les explications varient, tout le monde semble s’accorder sur l’existence de cette bulle protectrice invisible.

Mais alors pourquoi croise-t-on des personnes insensibles à ce territoire sacré? «Chez certains, ce n’est pas aussi clair que pour la majorité des gens, poursuit le Dr Belleux. Ils ne sentent pas la limite.» Plusieurs explications: par exemple, une personne dont l’environnement familial n’a pas respecté son espace vital risque de perpétuer cette habitude. Certaines pathologies psychiques réduisent également cette perception. Et toutes les substances comme l’alcool et les drogues font tomber ces barrières. D’où ces fins de soirées où l’on doit parfois se coltiner le pote ivre mort, qui nous raconte sa vie de très, très près.

Phénomène de vampirisation

Toujours selon le Dr Belleux, c’est aussi dans cet espace vital que se jouent des échanges inconscients. «Quelqu’un de réceptif pourra capter des émotions ou des états physiques qui ne lui appartiennent pas. Et il existe un phénomène de vampirisation: si j’entre dans ton espace vital et que tu me laisses y entrer, j’ai plus de poids sur toi. En gros, celui qui entre prend le dessus, comme un lion qui rugit face à son rival.»

Est-il possible de faire prendre conscience à un ami de ses tendances à empiéter sur l’espace vital des autres? «C’est difficile à aborder. Jusqu’au jour où la personne tombe sur quelqu’un qui s’énerve et lui dit: stop!». Pour les Fêtes de fin d’année, une solution: répéter le refrain de «Bouge de là!».

Prénom fictif.

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