Modes de vie

Avec le «bullet journal», mettez le monde frénétique sur «pause»

Des idées à tester aux tâches à effectuer, les listes sont partout. A l’heure des bonnes résolutions, il est peut-être temps de revoir ce rapport à l’organisation, avec une méthode plus efficace

Chaque début de semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel.

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Wunderlist, Evernote, Sticky Notes… Peut-être utilisez-vous l’une de ces applications pour réaliser des to-do lists, ces listes de choses à faire qui emplissent le quotidien des plus organisés d’entre nous et délestent nos cerveaux bien occupés en couchant nos idées à l’écrit. Alors que la société prône une productivité de plus en plus exigeante, des méthodes plus minimalistes se sont développées comme le bullet journal.

Son créateur, Ryder Carroll, est justement l’auteur d’une méthode rééditée en format poche à l’occasion de la nouvelle année. Dans ce guide, celui qui souffre d’un trouble du déficit de l’attention raconte comment se lancer dans ce système d’organisation qui prône le moins pour produire mieux. Finies les listes de résolutions à rallonge que vous laissez traîner sur un Post-it sur un coin de votre bureau et qui paralysent vos actions rien qu’en y pensant. Place au carnet minimaliste et flexible, sorte de mélange entre l’agenda, le journal intime et le bloc-notes.

Un outil modulable

L’idée de Ryder Carroll est simple et fait des heureux depuis quelques années déjà avec des milliers d’utilisateurs affichant leurs carnets sur les réseaux sociaux. Leurs pages graphiques, parfois très élaborées, circulent par centaines sur Instagram et Pinterest. Le principe du bullet journal est devenu viral: penser à l’intention plutôt que de se précipiter à choisir des objectifs sans réelle volonté.

En quatre chapitres, l’auteur développe pas à pas les façons de maîtriser cette organisation de pensée, exercices ludiques et exemples visuels à la clé: plusieurs présentations sont proposées pour vos calendriers mensuels tandis que chaque mot clé est illustré par un dessin manuscrit. Un guide bienveillant et malléable, qui laisse le soin à chaque utilisateur de trouver sa propre voie et de piocher dans ses concepts clés. Parmi eux, une feuille de route quotidienne contenant les tâches et événements de la journée ou des collections consacrées à un sujet spécifique.

Ainsi, «chaque bullet journal est le reflet des besoins uniques de son propriétaire au moment de sa vie où il l’utilise». Il différencie bien sa méthode des listes traditionnelles: «Aujourd’hui, beaucoup d’outils destinés à améliorer sa productivité personnelle aident à créer des listes, mais rares sont ceux qui ne nous limitent pas à une utilisation passive. En accumulant les tâches, les listes deviennent vite interminables et ingérables, nous donnant le sentiment d’être débordés, démotivés. Il est si facile d’oublier cette évidence: ce n’est pas parce qu’une tâche pourrait être exécutée qu’elle doit nécessairement l’être.»

En d’autres termes, ne vous acharnez pas à accomplir tous les objectifs qui vous passent par la tête, et surtout «ne vous précipitez pas: soyez serein et sélectif».

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Diviser les objectifs

S’il peut effectivement être motivant voire satisfaisant de rayer des objectifs d’une liste, Ryder Carroll incite les utilisateurs du bullet journal à conserver ce petit plaisir tout en donnant davantage de priorité à certains objectifs ou en les divisant. Par exemple, plutôt que de vous donner la simple résolution de faire du sport, découpez cette volonté en plusieurs tâches comme celle de chercher une salle à laquelle vous inscrire ou de vous acheter une bonne paire de baskets: «L’idée est de mettre une victoire à son actif, si modeste soit-elle. Placez la barre suffisamment bas pour être certain d’accomplir la mission.»

En ces périodes de résolutions qui tracent «une ligne entre l’ancien et le nouveau; entre ce qui a été et ce qui pourrait être», son exercice «5, 4, 3, 2, 1» apparaît comme idéal pour bien entamer l’année. Pour se donner un coup de pouce, la première étape consiste à trier ses objectifs entre court, moyen et long terme: 5 ans, 4 mois, 3 semaines, 2 jours et 1 heure. Ensuite, occupez-vous des tâches prioritaires en premier, ce qui «vous donnera l’élan dont vous avez besoin pour vous attaquer aux objectifs plus ambitieux».

Ryder Carroll affirme que «plus il faut de temps pour atteindre un objectif, plus votre motivation est mise à l’épreuve. Scinder ses projets sous forme de sprints vous aidera à alléger la charge, et à vous maintenir dans un état d’esprit positif.» Une façon d’expliquer pourquoi nos résolutions de début d’année sont régulièrement abandonnées au fil des jours, provoquant un sentiment d’inachevé, combiné à celui de culpabilité.

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Sélectionner les tâches

L’auteur insiste justement sur une notion fondamentale: l’intentionnalité. Sans véritable volonté, vos objectifs ne seront jamais réalisés. Ryder Carroll invite à considérer ses envies pour ne plus se charger de tâches inutiles et à se focaliser sur de réels besoins ancrés dans le présent. Cette «nécessité alimentera votre ténacité et vous aidera à résister à l’usure des jours, des mois voire des années que peut exiger leur réalisation».

Le bullet journal pousse à comprendre quelles sont les véritables motivations derrière nos efforts. Une façon de se concentrer sur les avancées positives de nos existences et de faire le tri. L’idée est d’abandonner tout bagage inutile afin «d’être mieux préparés à vivre de nouvelles aventures». En limitant les décisions à prendre, on se disperse alors moins et notre attention peut se concentrer sur un travail en cours en abandonnant le côté stressant d’une liste inachevée.

Un espace déconnecté

Pour mieux vous approprier cette nouvelle manière d’envisager le passé, le présent et le futur, les propriétés manuscrites du bullet journal et la personnalisation évolutive du design peuvent avoir leur importance. S’il a lui-même contribué à la création de sites web et d’applications dédiées pour stocker des listes, Ryder Carroll affirme que le bullet journal, avec son écriture à la main, permet de «créer l’espace hors ligne indispensable pour traiter les vagues d’informations qui inondent quotidiennement votre cerveau, et pour vous concentrer sur l’essentiel. En ouvrant votre carnet, vous mettez le monde frénétique dans lequel vous évoluez sur pause. […] Il crée pour vous un espace privé, dépourvu de distractions, où vous pouvez apprendre à mieux vous connaître.»

Et si c’était ceci, notre résolution pour 2020: renouer avec soi-même?

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