La Norvège est en deuil. Hier soir, les secouristes n'avaient pu extraire que 16 corps des débris des deux trains entrés en collision près de la gare d'Aasta, à l'est de Lillehammer. Les autorités sont persuadées que la vingtaine de personnes manquantes gisent dans les carcasses. Ce qui porterait à une trentaine le nombre de morts, soit autant que l'accident ferroviaire ayant eu lieu en octobre 1999 à Londres (31). Trois cents personnes ont inspecté les débris, assistant, souvent impuissantes, à l'agonie de passagers piégés dans la ferraille calcinée. Au moins 67 personnes ont survécu, dont une trentaine sont blessées.

Les quatre millions de sujets norvégiens comprennent mal comment deux trains ont pu rouler sur la même voie, l'un pendant 8 kilomètres, l'autre durant 5 kilomètres, sans être arrêtés. Les Norvégiens se sont aperçus que, dans leur pays, il est encore possible que des voies de chemin de fer ne soient pas dotées d'un système de sécurité digne de ce nom. La ligne était l'une des dernières à n'être pas électrifiées. Et elle n'était pas équipée d'un dispositif de freinage automatique dans le cas où deux convois emprunteraient la même voie. NSB, la société nationale de chemins de fer, avait prévu de moderniser l'an prochain ce tronçon.

Les informations divergent aussi quant aux moyens de communication. Selon certains, les deux locomotives n'étaient pas équipées d'un système radio. Pour d'autres, les trains possédaient des radios. Deux employées ont déclaré à la télévision ne pas avoir réussi à retrouver les numéros des radios. Selon l'agence de presse NTB, les radios étaient souvent échangées d'un train à l'autre. Le seul moyen de joindre les conducteurs était le téléphone mobile. Or, à en croire une télévision privée, la station de contrôle a tenté d'alerter les chauffeurs. Mais elle ne possédait pas les bons numéros des portables. En outre, il semble que les signaux de téléphonie mobile passent mal dans cette région de conifères. Autant d'informations que devra vérifier la commission d'enquête. La mort des deux conducteurs compliquera la tâche des enquêteurs. Il faudra plusieurs jours pour inspecter les wagons les plus endommagés et tenter d'y trouver d'éventuels corps. Sans parler de leur identification.

Collaboration: Carole Potier