Renommer des livres, déboulonner des statues, mais aussi dénoncer en masse des comportements individuels sur les réseaux… La «cancel culture» est, pour certains, le moyen de reprendre une parole bafouée et, pour d’autres, une manière de museler ceux qui expriment des opinions contraires. Cette semaine, «Le Temps» explore cinq facettes de ce «phénomène».

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En janvier 2020, deux employés de l’entreprise de vêtements Le Slip Français apparaissent sur Instagram dans une vidéo filmée lors d’une soirée privée. La séquence montre une personne déguisée en singe et une autre arborant un «blackface» [ndlr: visage peint en noir] et dansant sur la chanson Saga Africa. Rapidement devenue virale, la séquence fait un tollé, les appels au boycott, aux licenciements se multiplient. «Moralement, c’est contraire à nos valeurs», réagit immédiatement Guillaume Gibault, fondateur de la marque française. Les deux employés sont mis à pied quelques heures plus tard.

La réaction rapide de l’entreprise a permis, dans une certaine mesure, de désamorcer la polémique, faisant place à un questionnement d’ordre éthique sur la séparation entre vie privée et travail, ainsi qu’à la problématique juridique de la justification d’un licenciement dans ce cas. A l’heure de l’indignation collective face aux comportements racistes, parfois institutionnalisés et notamment ravivés à la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis, les exemples d’entreprises licenciant sous la pression du public des personnes accusées de comportements racistes se multiplient, surtout aux Etats-Unis. Celui d’Amy Cooper à New York, licenciée après avoir été filmée en train d’appeler la police car un homme noir lui demandait de rattacher son chien, est éloquent.