Puisque le débat national sur le statut des animaux occupe et enflamme les esprits, voici une petite histoire vraie pour alimenter les conversations.

Une copine à moi avait un vénérable hamster, qui commençait à perdre ses poils en attendant paisiblement sa fin prochaine; il avait 4 ans et, chez ces rongeurs-là, on ne fait plus de projets d'avenir à cet âge. Ma copine n'est pas une chose, c'est un être sensible, elle l'aimait bien son poilu, mais après tout, comme elle dit: «Il ne faut pas exagérer: c'était un vieux hamster qui allait bientôt crever.»

Et voilà qu'au lieu de glisser en douceur de vie à trépas, l'animal se réveille un matin avec un gros abcès à l'œil. Il se gratte, n'a pas l'air bien. N'écoutant que son cœur, ma copine, qui travaille et qui a deux enfants, trouve le moyen de faire un détour chez le vétérinaire, en France voisine où elle habite, pour déposer la bête en observation. Elle demande à l'homme de l'art de l'appeler dans la journée pour lui livrer son diagnostic: peut-on raisonnablement faire quelque chose pour soulager l'animal ou vaut-il mieux le piquer tout de suite?

Quelques heures plus tard, elle apprend que l'ancêtre à poil a été opéré. Prête à pardonner son excès de zèle au vétérinaire, la copine au grand cœur retrouve la petite bête avec plaisir. Las, la joie vire bien vite au drame. A peine rentré à la maison, le hamster se débat trois jours durant dans d'atroces souffrances, puis meurt. A l'heure qu'il est, le cadavre est encore au congélateur en attente d'être enterré et ma copine se remet à peine de ces moments pénibles qui lui ont arraché des larmes. Mais elle a déjà reçu la facture de l'opération: 100 francs suisses. «Ça fait cher le hamster», soupire-t-elle.

Bien entendu, elle en veut surtout au vétérinaire d'avoir charcuté et fait souffrir l'animal inutilement alors qu'elle lui demandait précisément d'alléger ses souffrances. Elle lui a donc téléphoné pour lui faire part de sa désapprobation. Et là, l'homme en blouse blanche a fait un truc assez bestial. Il est monté sur ses grands chevaux déontologiques, expliquant que sa mission était de tout faire, jusqu'au bout, pour sauver un patient. Il a affirmé, sans rire, qu'un vieux rongeur méritait autant d'égards qu'une personne âgée. Traduisez: celui qui achève son hamster laisse crever son grand-père. En un mot, il a essayé de culpabiliser ma copine pour que, saisie par la honte, elle cesse de pinailler pour cent misérables francs.

A ce stade du récit, chacun aura deviné la question du jour: qui, du vétérinaire ou de mon amie, a considéré l'animal en question comme une chose? Qui s'est comporté comme un rat?

Et avant de donner votre langue au chat, n'oubliez pas de vous demander: ne préfère-il pas le foie de veau?