J'apprends dans mon journal (de vendredi) que les CFF veulent séduire leur public romand, plus réticent à prendre le train que le public alémanique. Nous allons donc bénéficier de campagnes de pub conçues tout exprès pour nous. Tip top. C'est vrai, on a parfois l'impression que les agences zurichoises ne maîtrisent pas parfaitement l'insondable complexité du défi de la traduction.

Cela dit, une campagne de pub, ça coûte cher. Comme les trains de nuit, les billets meilleur marché, et toutes les améliorations qu'on ne peut pas se permettre. Je suis sensible à l'argument économique. C'est pourquoi, comme usager régulier du train, je tiens un petit catalogue intitulé: «Améliorations pour pas un rond». Je me permets d'en soumettre quelques-unes aux responsables des chemins de fers fédéraux.

La clé de compréhension de ces modestes suggestions est simple: il faut s'imaginer à la place de l'usager. Par exemple. En arrivant à la gare, il décide de boire vite vite un café au buffet, ou d'acheter vite vite un journal avant de courir prendre son train. Il se brûle la langue avec son expresso, trépigne dans la queue au kiosque, et arrive sur le quai haletant et transpirant. Là, une voix lui apprend que son Intercity aura dix minutes de retard. Ce n'est pas forcément grave, dix minutes de retard. Mais c'est énervant quand ce petit délai aurait permis, un matin froid, de siroter son café en paix. Donc, première mesure: annoncer les retards dans toute la gare, et spécialement au buffet.

Autre exemple: l'usager pendulaire a cassé sa crousille pour s'offrir un abonnement général. Ça lui a coûté des milliers de francs mais maintenant, en montant dans son wagon, il a un peu l'impression d'être à la maison. D'ailleurs, très souvent, il sombre dans un profond sommeil (le pendulaire est facilement fatigué). Est-il vraiment besoin de le réveiller à chaque fois, impitoyablement, pour lui demander son abonnement? N'est-ce pas une manière de lui signifier qu'il sera toujours un étranger chez lui? Proposition: offrir des badges aux abonnés et leur ficher la paix.

Ou alors, encore mieux: changer le système de roulement frénétique des contrôleurs de manière à ce que le même employé travaille sur la même ligne aux mêmes heures. Quelle merveille! Quelle aventure humaine! Ça pourrait presque aller jusqu'à l'échange de «Comment allez-vous?» et de «Quel vent ce matin, n'est-ce pas?». Et même, j'ose à peine y songer: le jour où le brave pendulaire, après des années de fidélité, oublie son abonnement, le sourire d'un contrôleur familier lui épargnerait le paiement du billet, et l'amende de cinq francs lorsqu'il va se le faire rembourser? Ce serait épatant.

Enfin, j'aimerais rappeler aux CFF que lorsqu'un voyageur emprunte le train pour Genève aéroport, il y a des chances pour qu'il ait un avion à prendre. Il apprécie moyennement d'apprendre au dernier moment, soit en arrivant en gare de Genève, que le train ne va pas plus loin. De manière générale, j'ai remarqué que l'usager du rail supporte les contretemps avec infiniment plus de philosophie que l'automobiliste. Il suffit de lui expliquer ce qui se passe. Même avec quelques fautes de français.