Dans les journaux, les questionnaires aux personnalités, c'est irrésistible. Savoir quelle chanson untel fredonne sous sa douche, s'il préfère les chiens ou les chats, cuisine au beurre ou à l'huile, ça n'a rien à voir, mais ç'a tellement à voir quand même. Je me suis donc précipitée sur L'Hebdo de cette semaine, qui propose un questionnaire aux six candidats au Conseil fédéral. Sur six pleines pages, miam.

Mais pourquoi est-ce si irrésistible? C'est ce que je me suis demandé tout en lisant. J'ai réalisé que mon attirance vient en bonne partie du fait qu'à chaque question, je joue à me demander comment j'y aurais répondu moi-même. Et là, je mesure le gouffre qui me sépare, commune mortelle, des êtres d'exception.

Prenez la question classique: «Quel est le livre que vous relisez?» Je répondrais que j'ai déjà assez de peine à combler mes lacunes et à suivre les nouveautés, et que par conséquent, à part Les Frustrés 5, je n'ai jamais relu un seul bouquin. Mais, vous l'aurez certainement remarqué, les personnalités sont toutes des relectrices assidues. De ma vie, je n'en ai trouvé aucune qui fasse exception. D'ailleurs, aucune non plus ne perd son temps à lire des romans policiers ou des nouvelles érotiques. J'admire leur culture et leur profondeur. Mais, quand j'apprends qu'Adalbert Durrer se ressource à la relecture incessante de L'Histoire de la neutralité, alors là, je suis vraiment impressionnée: tant de sérieux et de vertu méritent d'être séance tenante récompensés par un poste au Conseil fédéral.

Une des questions de L'Hebdo, empruntée à Max Frisch, concernait le type de haine que l'on ressent le plus volontiers: individuelle ou collective? A quoi je répondrais du tac au tac: individuelle, sans aucun doute. Il y a vraiment des gens qui auraient fait une bonne action en s'étranglant à la naissance. Mais je découvre, un peu honteuse, que les personnalités interrogées sont mille fois plus bonnes et tolérantes que moi: la haine, elles ne savent pas ce que c'est. Je dis: chapeau. Ça doit être ça la différence entre les démocrates-chrétiens et les autres.

Bien sûr, je me demande si toutes leurs réponses sont absolument sincères. Je vois bien que, parfois, ils ne prennent pas les questions au pied de la lettre. C'est normal, je me mets à leur place: le dernier disque que j'ai écouté est un Dalida. C'était pour rire, mais c'est compliqué à expliquer, alors, si on me pose la question, je citerais plutôt La jeune fille et la mort.

Enfin, peut-être pas. Si j'étais candidate, je voudrais donner une image dynamique, alors je choisirais, heu, voyons, un disque de jazz peut-être? D'ailleurs, Rita Roos a opté pour Gershwin, c'est moderne mais rassurant. Jean-François Roth a choisi la Callas, glamour et cosmopolite. Et Ruth Metzler un groupe qui chante en dialecte bernois.

Il doit y avoir un message là-dessous, mais lequel? Ça doit être cette question qui me passionne tant dans les questionnaires.