«La confusion règne, il faut le reconnaître.» Jeudi, sur les ondes d'une radio londonienne, le chef de la police métropolitaine, sir John Stevens, avait de la peine à défendre avec conviction la nouvelle politique du gouvernement en matière de cannabis. A partir du 29 janvier, le haschich passera de drogue de classe B (comme les amphétamines) à drogue de classe C (comme le Valium). La fumette à domicile ne sera plus poursuivie, et la possession n'entraînera, pour les adultes de plus de 18 ans, qu'un avertissement verbal, sauf dans certains cas comme la consommation devant une école, par exemple. Pour autant, déclassement n'égale pas légalisation et, tandis que l'opposition conservatrice critique cette demi-mesure, le gouvernement travailliste lance une campagne de sensibilisation pour rappeler les dangers de ce stupéfiant.

Cela fait un an et demi que David Blunkett, le ministre de l'Intérieur, avait lancé l'idée de déclasser le cannabis. Pour une raison très simple: la police a bien trop à faire à combattre le trafic et la consommation de drogues dures, en particulier le crack et l'héroïne, principaux responsables de l'augmentation de la criminalité violente (+14% en été 2003, derniers chiffres publiés jeudi), pour s'encombrer des fastidieuses procédures liées à l'arrestation de simples consommateurs de hasch. L'an dernier, 80 000 fumeurs de joints ont été appréhendés en Angleterre et au Pays de Galles.

Nuisances relatives

Initialement, tant les associations de lutte contre la drogue que les spécialistes de la santé ont accueilli favorablement le plan gouvernemental, avançant qu'il était utile de marquer une différence entre les nuisances relatives du cannabis et celles, bien plus élevées, des drogues dures. Mais, mercredi, l'Association médicale britannique exprimait son «extrême préoccupation» devant la possibilité que les jeunes, en particulier, confondent déclassement avec légalisation et croient soudain que la drogue est sans effet nocif. Les médecins anglo-saxons soulignent au contraire que le cannabis favorise le développement d'états schizophrènes et que le joint est nettement plus nocif pour les poumons que la cigarette.

Michael Howard, le leader conservateur, a déclaré que, si les tories revenaient au pouvoir, ils feraient machine arrière. Devant les Communes, le premier ministre Tony Blair a encore ajouté à la confusion en affirmant que les arrestations pour possession restaient de mise.