Vu d’ici, et si l’on excepte, bien heureusement, les pages «Cinéma» des journaux, Cannes 2012 n’aura pas eu l’air d’un festival du film. Mais d’un interminable tapis rouge. Ou d’un inextinguible cortège de sirènes empailletées et de créatures froufroutant dans des nuages de plumes, gravissant des marches vaguement déguisées en actrices.

C’est bien sûr une impression bâtarde, engendrée par les innombrables blogues et sites consacrés aux robes, aux smokings et aux people qui les exhibent. Mais cela fait longtemps que le festival qui s’achève ce week-end n’avait plus, sur papier glacé, exhibé autant de robes interminables, d’ostentation embijoutée, de mannequins téléportés, de top-models sponsorisés et de luxe clignotant. C’est épatant, mais quelle clinquante mascarade cela finit par dessiner!

Quel contraste, alors, avec les films qui semblent avoir habité, secoué et hanté le festival. Des fictions de crise, des œuvres de mort, des histoires de dérive, des esquisses de lendemains engagés et qui rebondissent comme le rappelle mon collègue Antoine Duplan (lire éditorial page 1). Les comédiens de ces bons films, leurs stars, leurs vedettes, leurs artistes se sont beaucoup moins montrés que d’habitude sur tapis rouge laissant aux starlettes de feuilleton et aux mannequins le soin de mener ce cortège bling-bling et vaniteux. Aux grands acteurs de ce festival (Marion Cotillard, par exemple), aux comédiens montants (comme l’Anglais Sam Riley, vu dans «Sur la route»), une présence en retrait, un discours pavé de doutes, de questions et donc de grandeur. Cannes 2012 aura consommé un peu plus le divorce de ces deux vieux amants que sont l’art et le glamour. La fiction et le rêve. La représentation et la parade. Le masque et le mascara.