Rivières en crue, éboulements, routes coupées, caves inondées, champs marécageux… Les fortes précipitations qui sévissent depuis le début du mois de mars ont fini par avoir raison de la capacité d'absorption du sol helvétique. Dans la nuit de lundi à mardi, le Plateau suisse – tout le pied du Jura, le Seeland et le canton de Fribourg en particulier – a subi des inondations provoquant d'importants dégâts matériels.

C'est à Lyss, dans le canton de Berne, que la situation a posé le plus de problèmes aux pompiers. Le ruisseau du Lyssbach ayant débordé, des quartiers entiers ont été inondés. Au centre de la ville, l'eau est montée jusqu'à la hauteur des genoux des piétons. L'électricité a également été coupée dans une grande partie de la commune. Dans le vallon de Saint-Imier, la Suze a également quitté son lit, envahissant une partie du village de Corgémont. Dans le canton de Fribourg, d'innombrables caves ont été inondées et des routes communales ont dû être interdites à la circulation durant la nuit. En Valais, dans le val d'Hérens, c'est un éboulement qui a coupé la route, provoquant l'isolement momentané des villages d'Evolène, des Haudères et d'Arolla.

Du 1er au 12 mars, il a beaucoup plu sur la Suisse romande. Selon MétéoSuisse, 202 millimètres d'eau sont tombés sur Pully, 183 sur Genève, 163 sur Payerne, 152 sur Neuchâtel et 101 sur Sion. Cette dernière ville a reçu, en douze jours seulement, la quantité de précipitations habituellement enregistrée en deux mois, puisque la moyenne annuelle se situe autour des 600 millimètres dans la capitale valaisanne.

«Ces valeurs sont exceptionnelles, remarque Martine Rebetez, climatologue à l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). D'habitude le mois de mars, et surtout la première quinzaine, est l'une des périodes les plus sèches de l'année avec le mois d'octobre.» De manière générale, cet hiver est plutôt original, toujours selon la climatologue: «Depuis 1988, année où l'on a commencé à enregistrer un réchauffement du climat en Suisse, les hivers doux étaient surtout marqués par l'absence de précipitations, donc de neige.» La Suisse était alors sous l'influence de longues phases de haute pression, qui se traduisaient sur le plan météorologique par la formation d'un stratus vers 1000 mètres d'altitude qui plongeait la plaine sous la grisaille, le soleil régnant en montagne. «C'est la première fois depuis 1988 qu'un hiver est à la fois doux et très humide», conclut Martine Rebetez.

Selon les statistiques de MétéoSuisse, cet hiver est l'un des plus chauds observé en plaine depuis 1864. Au bord du Léman et à Lugano, les températures hivernales les plus élevées ont été égalées, voire légèrement dépassées. Au vu de la grande variabilité du climat, il est impossible d'affirmer que cette situation exceptionnelle est directement liée au réchauffement global de la planète, notamment provoqué par l'accumulation des gaz à effet de serre. «Mais cet événement s'inscrit dans une tendance générale, souligne Martine Rebetez. En Suisse, la moyenne des précipitations sur l'année reste plutôt stable. Mais ces pluies ne tombent plus avec la même régularité: les épisodes d'intenses précipitations reviennent plus souvent, alternant avec des périodes de sécheresse.»

Les températures élevées ont favorisé la survenue des petites inondations constatées en plaine. S'il avait neigé à des altitudes inférieures, l'eau stockée ainsi aurait sans doute pu rejoindre la plaine plus tranquillement. D'un autre côté, la douceur de l'hiver a permis aux sols d'absorber de grandes quantités d'eau: si les sols avaient été gelés, donc imperméables, lors des déluges de ces derniers jours, les inondations auraient sans doute pris une ampleur beaucoup plus inquiétante.