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Pour Carole et Aurélie, ce n’est pas tant le contenu du défi qui importe que le fait de s’octroyer une parenthèse de légèreté.
© Frassetto pour Le Temps

Défi relevé

Carole et Aurélie, le pari comme soupape dans un hôpital

Le challenge, version liant professionnel. Au CHUV, deux médecins allègent la pression à travers des épreuves bourrées d’autodérision

Se mettre à l’épreuve en solitaire, c’est bien. Le faire à deux, c’est mieux. Surtout au travail. S’il n’est pas pris trop au sérieux – style «t’as intérêt à être à la hauteur, sinon t’es un loser» –, le défi peut créer une connivence d’équipe et aplanir les niveaux hiérarchiques. La preuve avec Carole et Aurélie, médecins au CHUV. La première est devenue cheffe il y a deux ans et craignait de «prendre la grosse tête». La solution? Se lancer des challenges à deux – et plus si affinités – pour garder un dégagement par rapport à la fonction. A voir les ladies pouffer, complices, sur une terrasse lausannoise, le pari est réussi.

De sympathiques défis

Ne plus prendre l’ascenseur. Héroïque dans un hôpital. Ne plus consommer américain. Pas facile avec la burgermania actuelle. Supprimer les small talks ou conversations anodines. Coton quand on doit rassurer les patients et créer du lien. Arrêter de râler. Presque impossible quand l’imprimante refuse systématiquement de fonctionner… Carole et Aurélie sont plus que sympathiques et leurs défis mensuels leur ressemblent. Malins sans être oppressants.

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Dans la liste des challenges, les deux médecins ont encore décidé d’arrêter les chips, de supprimer le porc durant le mois de novembre – une provocation à la Saint-Martin –, de se passer de sucre – l’Everest pour ces gourmandes – et, attention, le défi des défis: boycotter les… Stabilo Boss. «Ça paraît bête, mais on a réalisé qu’on les utilisait tout le temps, pour les articles, les rapports, les conférences. La maladie des couleurs», observe Aurélie. Du coup, les surligneurs ont été remplacés par des signes, des hiéroglyphes et… la mémoire!

Plus de légèreté, moins de compétition

On commence à comprendre. Pour ces collègues, de deux à cinq en fonction des disponibilités, ce n’est pas tant le contenu du défi qui importe que le fait de s’octroyer une parenthèse de légèreté. «C’est clair, d’autant que si on échoue, il n’y a aucune sanction», confirme Carole. «Pour moi, ces paris sont même un antidote à mon esprit de compétition. Car, spontanément, je suis plutôt du genre à m’imposer des objectifs autrement plus contraignants, comme courir un marathon, gravir des échelons professionnels, etc. Depuis ces challenges collectifs et décalés, j’ai pris pas mal de distance avec l’idée de performance.» Le défi pour arrêter de se défier, intéressant.

«En même temps, on essaie quand même de remplir le mandat fixé», nuance Aurélie. Qui se souvient avec une pointe d’exaspération du magnifique gâteau que son amoureux lui a cuisiné le premier jour du mois sans sucre… «J’ai crié au sabotage, mais j’ai tenu bon! J’ai immédiatement envoyé une photo du gâteau bourreau au groupe de challengeuses pour avoir leur soutien.» La force du lien.

Un mois sans culotte?

Et l’entourage, comment réagit-il? «Collègues, amis, famille, tout le monde rigole, en général», répond Carole. Mais certains ont observé à juste titre que ces défis étaient uniquement privatifs. Du coup, les drôles de dames ont imaginé un mois sans pyjama en pensant «un mois avec sexe» et l’initiative a très bien marché. Contaminées par cette «défimania», les filles de Carole ont même proposé «un mois sans culotte». A l’étude, pour l’instant…

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Quand on leur demande laquelle des épreuves a présenté le plus de difficultés, les interlocutrices n’hésitent pas: «Le mois sans sucre, une tuerie! Tellement qu’on l’a transformé en mois sans sucre ajouté», détaille Aurélie, qui, au bout de quelques jours, s’est sentie «fatiguée, stressée». Le mois sans small talk s’est révélé assez corsé aussi. «On n’est plus sorties de chez nous!» rigole Carole, qui se définit comme une «reine des conversations passe-partout». La médecin avoue avoir plusieurs fois craqué durant le mois sans ascenseur. «On est devenues des as de la clandestinité. Prendre l’ascenseur sans se faire remarquer nous a valu quelques courses mémorables dans les couloirs du CHUV», confirme Aurélie en riant.

Distance salutaire

Vous levez un sourcil sceptique et vous vous dites que les médecins du CHUV ont peut-être mieux à faire que se priver durant un mois de hamburgers? Pas sûr. Une équipe médicale soudée, qui sait prendre les événements les plus lourds avec un peu de légèreté, c’est la garantie d’une bonne santé. Pour elle, comme pour nous.

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