Elle était sur la bouche de tous les Genevois et les Genevoises, en ce début de semaine: la manifestation sauvage qui a défiguré certaines rues de leur capitale, maculant de peinture des symboles de la culture dite «bourgeoise», brisant à la massue les vitrines de commerces de luxe, de banques, d’administration.

Occasionnant au final pour des milliers et des milliers de francs de dégâts et laissant dans la stupeur une population désarçonnée, des politiciens médusés, des médias interloqués, des réseaux sociaux parfois perplexes. A l’image de ces twittos qui mettent bien en évidence le saccage des devantures de banques, bijouteries et autres symboles de détestation, mais qui pointent également que des petits commerces, comme celui d’une esthéticienne, ont été touchés. Un certain Robin @RobinGaloo lance ainsi, en rapport avec la devanture de l’esthéticienne: «Là, par contre, faudrait qu’on m’explique les motivations.».

Mais si la consternation tourne en boucle sur l’air d’une «manifestation sauvage qui dégénère et crée le malaise», on aurait tort de penser que la twittosphère toute entière condamne les méfaits de casseurs. Il suffit pour s’en convaincre de se pencher sur un compte singulièrement emblématique de ceux et celles qui se réjouissent de ce qui s’est passé ce week-end à Genève. Son nom? @LE-REVEIL. Texte d’un tweet emblématique pris au hasard de la timeline: «Le croustillement du verre de sécurité sous la masse et autres plaisirs», le tout escorté de la photo d’une vitrine ébriquée…

Ou cet autre tweet à l’issue de la nuit: «Provoquer, juste pour sentir vos haleines réactionnaires de bon matin.»

«Etonnant, non?» comme aurait dit le regretté Pierre Desproges… Et pour bien enfoncer le clou et étayer la casse, @LE_REVEIL balance, un tweet plus loin, un montage sonore intitulé: «Maman soutient la casse». Longue litanie de ce qu’est la violence aux yeux des casseurs. Florilège: «La violence d’une première classe dans un train: la violence de l’Histoire avec un grand H; la violence de ce que représente un passeport suisse à l’étranger; la violence de ce que tout le mot Israël véhicule; la violence des généralités; la violence du Dow Jones et du CAC 40…» On abrège pour sauter à la conclusion: «La violence n’est pas dans le bris d’une vitrine; la violence n’est pas dans la fumée d’une voiture qui brûle»… Bref, pour toutes ces raisons, «Maman soutient la Casse».

Quant à celles et ceux qui s’étonnaient encore, sur Twitter, que certains des slogans constellant les façades genevoises, parlent plutôt l’allemand que le français, on conseillera vivement le détour par les pages Wikipedia qui leur expliqueront, en allemand et en français qui est la mouvance qui s’est exprimée de toute évidence ce week-end à Genève: ces pages ont nom «Black Bloc», en français, ou «Schwarzer Block» en allemand. Elles détaillent le modus operandi de cette mouvance dont «les actions ciblent le plus souvent des symboles de l’État (la police) et de la société capitaliste (les agences des grandes banques). Afin de justifier leurs interventions parfois violentes face à la mondialisation libérale, les militants anarchistes soutiennent que le capitalisme est infiniment plus destructeur qu’aucune de leurs actions directes».

Le site renverse.ch, qui avait invité à la manifestation et qui entonnait dimanche et lundi fortissimo son bulletin de victoire, ne semble pas dire autre chose.
Comme @LE-REVEIL. Qui, lui, parle parfaitement français.