«Les Emirats arabes», «les pays du Golfe», des expressions qui rappellent le langage des vendeuses de grands joailliers. Une abstraction géographique désignant une poignée de pays arabes répartis tout au long d'un golfe, faisant face à l'Iran. Le Koweït, Qatar, l'Arabie saoudite… des pays musulmans marqués par le wahhabisme, un mouvement religieux puritain et rigoriste, dont la ségrégation des femmes dans la vie publique demeure l'un des traits les plus strictement observés. L'autre point commun à toute cette région est naturellement un sol d'une richesse inépuisable, qui a fait sortir d'une caricature à la Tintin ces royaumes inconnus, pour leur donner un rôle de premier plan dans l'économie internationale.

Comme Brigitte Bardot met Saint-Tropez à la mode dans les années 60, c'est l'émir de Qatar qui lance Genève en faisant l'acquisition d'un palais Second Empire au bord du lac, près de Versoix. Une première génération de visiteurs va le suivre. Généralement issus des familles régnantes, ces nouveaux venus vont prendre possession de certaines rues de la ville, faisant circuler des histoires de contes de fées sur leur folle prodigalité dans les boutiques de luxe.

Consulats, missions, ambassades pratiquent la dérobade à toutes les questions, refusant de divulguer des renseignements sur le mouvement des visiteurs arabes. Aucune statistique ne semble avoir été envisagée. C'est vers les grands hôtels en bordure de lac qu'il faut donc se tourner pour en savoir plus. «Depuis 1990, c'est leur grand retour, commente Eric Kuhne, directeur de l'hôtel Hilton. On accueille maintenant la troisième génération. Informés, généralement élevés aux Etats-Unis, ses membres utilisent Internet et comparent les prix. Genève reste pour eux une destination fétiche, sur la route des vacances, avant l'Australie ou l'Angleterre. Nous les recevons du 30 juillet au 12 août. Environ 270 personnes, toujours les mêmes familles et leur nombreuse suite qui se répartissent dans les hôtels alentour. Les enfants adorent les Fêtes de Genève, mais c'est aussi une occasion de fuir Riyad où il fait en ce moment une température de 50°.»

Si, question vêtements, hommes et enfants ont largement adopté la tenue occidentale, polos et shorts, les femmes, elles, demeurent fidèles aux étouffantes traditions. Voiles masquant la moitié du visage, foulards, robes noires jusqu'au sol, ou encore le «Burqu'», ce masque de cuir digne pour certains d'un film d'horreur, encore porté dans certaines régions.

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