La chasse aux sorcières continue après la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc, qui a fait 39 morts le 24 mars dernier. C'est maintenant le constructeur de poids lourds Volvo qui est mis sur la sellette par l'avocat des assureurs du camion belge à l'origine du drame. «Je pense que Volvo va être incessamment assigné. Il y a trop de présomptions précises et concordantes qui permettent d'aboutir au constat d'un défaut de conception…», affirmait hier Maître Paul Muylaert dans les colonnes du quotidien Le Dauphiné Libéré.

L'avocat assure avoir relevé en Belgique plusieurs cas de sinistres identiques concernant des véhicules du même type, le Volvo FH-12. Il précise que le constructeur suédois aurait remplacé dans la plupart des cas le tracteur. La France aurait également eu son lot d'incidents, au point d'inciter Volvo France à rappeler des véhicules de ce type pour des vérifications et des modifications techniques. Cette campagne de rappel avait une date limite: le 31 décembre 1998, mais l'enquête n'a pas encore déterminé si le poids lourd belge était concerné et si le nécessaire a été fait. L'importateur français refusait hier de s'exprimer et le porte-parole du groupe en Suède était injoignable.

Reste que les incendies de moteur de poids lourds n'auraient rien d'exceptionnel, à entendre les professionnels. «Tous les transporteurs peuvent vous citer des anecdotes sur le sujet», assure Alain Lancereau, routier et journaliste au magazine France Routes. La faute à la course à la puissance et aux turbos, qui peuvent transformer, à haute température, le moindre souci technique, la moindre fuite en brasier instantané.

Les autorités françaises et italiennes doivent présenter officiellement, aujourd'hui et à Courmayeur, le rapport sur l'incendie (Le Temps du 6 juillet). Les deux ministres des transports devraient exprimer leurs premières réactions aux 41 recommandations des experts sur la sécurité dans le tunnel.