Depuis la fameuse affaire Tschanun dans les années 80, les drames comme celui qui s'est déroulé jeudi font régulièrement la une des médias (voir ci-contre). Peut-on y lire chaque fois le même scénario, où un homme «craque» sous l'accumulation du stress, des agressions et des frustrations endurées sur son lieu de travail? Annelise Ermer, psychiatre, directrice adjointe de l'institut de psychiatrie légale de l'Université de Bâle, donne une réponse nuancée.

«L'irruption subite de violence par laquelle une personne fait plusieurs morts dans son entourage immédiat peut avoir des explications fort différentes. Parfois, celui qui agit ainsi est déjà très perturbé, cela fait des semaines ou des mois qu'il entend des voix qui le persécutent ou l'incitent à mener une mission vengeresse. Il peut aussi, cela se voit parfois dans ce qu'on appelle les «drames familiaux» traverser une grave dépression et se persuader qu'il ne peut pas laisser ceux qu'il aime dans un monde trop cruel. Dans ces cas, on peut dire que l'auteur du drame souffre d'une maladie psychique qui joue un rôle déterminant dans son déclenchement.» «Parfois, les circonstances dans lequel le drame éclate, l'accumula-

tion d'événements stressants, d'agressions, d'angoisses, etc.,jouent un rôle plus important. Mais on ne peut pas dire que ces circonstances provoquent le drame. La personnalité de l'auteur joue toujours un rôle. Une personne plus émotive, plus renfermée, plus narcissique, ou simplement quelqu'un qui a mal dormi pendant plusieurs nuits, ou s'est sous-alimenté présente plus de fragilité et risque donc davantage de «craquer.»

Le Temps. En somme, certains de ces drames sont un peu des accidents?

Annelise Ermer. Il serait plus juste de parler de la combinaison, due en partie au hasard, de nombreux facteurs différents qui tiennent à une personne, aux difficultés auxquelles elle est confrontée et de la façon dont elle y a réagi jusque-là.

Propos recueillis

par Sylvie Arsever